Par Michelle GUMEDE
Le procès de Jacob Zuma pour corruption dans un contrat d’armement impliquant le groupe français Thales a été reporté mardi après une demande d’appel de l’ancien président sud-africain, énième rebondissement dans cette affaire qui le hante depuis une quinzaine d’années. Ce procès devait être le premier pour corruption de Jacob Zuma, contraint à une démission humiliante en 2018 après un règne de dix ans (2009-2018) éclaboussé par de nombreux scandales. L’affaire Thales pour laquelle il est poursuivi remonte aux années où il était «ministre» de la province du KwaZulu-Natal (est) puis vice-président du pays. Il est accusé d’avoir touché 4 millions de rands – environ 244.000 euros au cours actuel – de pots-de-vin de la part du groupe de défense et d’électronique français Thales, dans le cadre d’un énorme contrat d’armement de 51 milliards de rands (environ 3 milliards d’euros) attribué en 1999. Jacob Zuma et Thales, qui est également poursuivi, ont toujours nié les allégations. Mardi, alors que le procès devait débuter, l’affaire a connu un nouveau coup de théâtre. L’avocat de l’ancien président a demandé à faire appel des poursuites visant son client, reportant de fait le procès. «M. Zuma voudrait exercer la totalité de ses droits constitutionnels, qui incluent le droit de faire appel», a déclaré Thabani Masuku devant la Haute Cour de Pietermaritzburg (est). La demande d’appel, qui doit être formellement déposée d’ici le 1er novembre, sera entendue le 22 novembre, selon le ministère public qui a annoncé qu’il allait s’y opposer, estimant qu’elle n’avait pas «de chance de succès». Vendredi, la justice avait ouvert la voie à un procès de l’ancien président, après avoir unanimement rejeté la demande de Jacob Zuma d’abandonner les poursuites qui le visent. C’était sans compter sur la possibilité de faire appel des deux co-accusés. Thales n’a pas encore communiqué sa position. Jacob Zuma, qui a toujours affirmé être victime d’une «chasse aux sorcières», a de nouveau joué la carte du complot mardi. «Il y a tant de comploteurs contre moi», a-t-il lancé devant une centaine de ses supporters réunis à proximité du tribunal de Pietermaritzburg. «La justice ne sera pas rendue si on continue avec cette affaire» qui «était morte et a été ressuscitée tant de fois», a-t-il ajouté, entre deux pas de danse. Depuis près de deux ans, Jacob Zuma enchaîne les déconvenues. Longtemps réputé inatteignable, il a été poussé à la démission en février 2018 après un long bras de fer avec son propre parti, le Congrès national africain (ANC, au pouvoir), et son successeur, Cyril Ramaphosa, qui a promis d’en finir avec la corruption. S’il est jugé et reconnu coupable de corruption, Jacob Zuma encourt une peine minimum de 15 ans de prison.