L’ANC au pouvoir en Afrique du Sud a réélu lundi à sa présidence Cyril Ramaphosa, désormais assuré d’un second mandat à la tête du pays en cas de victoire du parti historique aux élections générales en 2024. Le chef d’Etat de 70 ans, qui partait favori malgré une procédure de destitution déjouée quelques jours avant le vote décisif, a remporté 2.476 voix contre 1.897 pour son seul rival et ex-ministre de la Santé, Zweli Mkhize.

Par Zama LUTHULI
Quelque 4.400 délégués du Congrès national africain (ANC), réunis en congrès à Johannesburg depuis vendredi, ont voté jusque tard dans la nuit. L’incertitude a plané jusqu’à la dernière minute, des tractations au sein du parti profondément divisé faisant courir la rumeur d’une possible défaite de M. Ramaphosa, gêné depuis des mois par une sombre affaire de cambriolage. Le président est accusé d’avoir gardé chez lui des liasses d’argent sale, préférant étouffer l’affaire quand des cambrioleurs ont dérobé l’importante somme en dollars en 2020 dans sa propriété rurale de Phala Phala (nord-est). En difficulté, Cyril Ramaphosa était menacé d’une procédure de destitution. L’ANC a contrecarré le risque d’un départ anticipé en appelant ses députés, majoritaires à l’Assemblée, à resserrer les rangs autour de son président la semaine dernière. En perte de terrain dans les urnes depuis dix ans et sans alternative crédible, le parti a adoubé le toujours populaire Cyril Ramaphosa, qui reste pour l’heure son meilleur atout en vue de 2024. A l’annonce des résultats, une grande partie de la salle du congrès s’est levée, poussant des cris de joie. D’autres, moins nombreux, sont restés prostrés, silencieux et le visage fermé. «Une bonne nouvelle» pour le parti et pour le pays, a déclaré à la presse le porte-parole du président, Vincent Magwenya, se disant convaincu qu’avec une confiance renouvelée, le président aura désormais le champ libre pour «mener à bien les réformes institutionnelles et économiques entreprises».
Trente ans après la fin de l’apartheid, le pays est en proie à des taux élevés de chômage et de criminalité, une pauvreté et des inégalités toujours croissantes, ainsi qu’une crise énergétique aggravée. Le chef d’Etat a été hué à l’ouverture du congrès par des dizaines de délégués en colère, évoquant notamment les coupures d’électricité à répétition qui troublent le pays et son économie. Chantant et tapant sur les tables, ils ont interrompu son discours étalant les accomplissements de son premier mandat, et mimé une moulinette avec leurs mains pour appeler au changement. «Nous avons voté pour Zweli Mkhize parce qu’il pouvait apporter des changements indispensables, nous sommes déçus», a déclaré à l’AFP Sipho Mthembu, délégué de la région de Johannesburg et Pretoria. Retirant sa casquette, M. Zweli est élégamment monté sur la tribune pour donner l’accolade au gagnant, ce dernier distribuant les poignées de mains tout sourire. Selon l’expert politique Richard Calland, interrogé par l’AFP, M. Ramaphosa pourrait avoir remporté une «victoire à la Pyrrhus», le puissant Comité national exécutif au sommet de l’ANC étant «encore plus hostile à son égard» qu’au cours de son premier mandat de cinq ans. L’élection du nouveau vice-président du parti était aussi attendue. Paul Mashatile, ancien trésorier du parti âgé de 61 ans et originaire du township le plus pauvre de Johannesburg, a été nommé à ce poste qui sert traditionnellement de rampe de lancement pour de futurs présidents. Le chef d’Etat n’est pas inculpé dans le cadre de l’affaire du cambriolage, mais l’enquête de police se poursuit. S’il était rattrapé par le scandale, la Constitution prévoit que son vice-président lui succède. Chouchou de Nelson Mandela, Cyril Ramaphosa a grandi au sein d’une famille modeste à Soweto, bastion de la lutte contre l’apartheid. Il a fait fortune dans le monde des affaires avant de revenir à la politique il y a une dizaine d’années. (Source AFP)