L’Afrique du Sud, première puissance industrielle en Afrique, connait actuellement une mauvaise situation économique. Depuis dix ans, la croissance reste désespérément molle (0,8% en 2018) et le chômage est de 29% (plus de 50% chez les jeunes). Marqueur de cette atonie, des groupes industriels internationaux annoncent leur départ à l’image d’ArcelorMittal, deuxième fabricant européen d’acier.

A Saldanha, dans le sud-ouest de l’Afrique du Sud, des centaines de salariés ont manifesté jeudi dernier contre la fermeture prochaine de leur usine qui emploie 900 personnes. ArcelorMittal a décidé de fermer ce site début 2020 en raison de la chute des cours de l’acier qui a réduit «substantiellement», selon le groupe, les marges de l’entreprise. L’aciérie de Saldanha compte 400 salariés à plein temps et 500 contractuels.
«Nous disons au gouvernement de venir à la table des discussions, parce qu’actuellement il y a seulement un dialogue entre le ministre (de l’Industrie) Ebrahim Patel et ArcelorMittal. Mais le principal actionnaire est la communauté qui est exclue», a estimé Sammy Claassen, représentant d’une organisation de défense des habitants de la région. Selon lui, la fermeture de l’usine va se traduire par la perte totale de quelque 4.000 emplois, car de nombreux sous-traitants vont être affectés. «Ce sera la misère absolue», alors qu’»on a déjà un problème de chômage à Saldanha», a déploré M. Claassen auprès des agences de presse. La ville avait déjà été gravement affectée par la fermeture de pêcheries au début des années 1990 et s’était battue pour l’installation de l’usine ArcelorMittal.
Durant la semaine dernière, le paysage économique a été caractérisé par une autre bataille sociale, cette fois dans le secteur du transport aérien. La compagnie aérienne South African Airways (SAA), lourdement endettée, a ainsi connu un mouvement de grève d’une semaine. Il a été levé vendredi dernier grâce à un accord salarial entre la direction de la compagnie et les syndicats. Au terme de longues négociations, les deux parties se sont entendues sur une augmentation des salaires de 5,9%, avec effet rétroactif au 1er avril 2019, a précisé l’entreprise publique. Les syndicats réclamaient une hausse de 8%. L’augmentation de 5,9%, payable en début d’année prochaine, est toutefois conditionnée «à la disponibilité des fonds», a ajouté SAA, rappelant que cet accord a été conclu au moment où elle fait face «à de graves défis financiers».
Endettée, déficitaire, pénalisée par une flotte vieillissante et la dépréciation du rand sud-africain, South African Airways survit depuis des années sous perfusion d’argent public. SAA, l’un des principaux transporteurs aériens africains avec sa cinquantaine d’avions, n’a réalisé aucun profit depuis 2011 et affiche une dette colossale de 9,2 milliards de rands, soit 540 millions d’euros.
En plus d’une revalorisation des salaires, les grévistes réclamaient «une sécurité de l’emploi pour au moins trois ans», après l’annonce début novembre d’un plan de restructuration qui pourrait se traduire par le licenciement de près d’un millier des 5.200 salariés de l’entreprise.
Dans le cadre de l’accord annoncé vendredi, le plan a été reporté de quelques mois, a précisé la compagnie. Fers de lance du mouvement, les syndicats de la métallurgie (NUMSA) et des personnels de cabine (SACCA) se sont réjouis d’avoir obtenu largement satisfaction.
La grève, très suivie, a coûté plus de 50 millions de rands (3 millions d’euros) par jour à la compagnie, selon South African Airways, qui avait prévenu qu’une poursuite du mouvement pourrait lui être fatale.
La compagnie aérienne fait partie, avec le géant de l’électricité Eskom, des entreprises publiques sud-africaines en grande difficulté financière, une situation largement attribuée à la mauvaise gestion et à la corruption sous le règne de l’ex-président Jacob Zuma (2009-2018).
Proche de M. Zuma, l’ancienne PDG de SAA, Dudu Myeni (2012-2017), a été récemment accusée de «pratiques illégales» devant une commission d’enquête anticorruption et fait l’objet d’une plainte devant la justice pour sa mauvaise gestion.
Le nouveau chef de l’Etat, Cyril Ramaphosa, s’est engagé à faire le grand ménage dans les entreprises publiques, mais tarde à mettre ses promesses à exécution. En présentant son budget pour l’année fiscale en cours, le ministre des Finances Tito Mboweni avait reconnu en février que SAA ne serait «probablement pas en mesure de générer assez de trésorerie pour poursuivre ses opérations». Dans ce contexte, la patronne par intérim de SAA, Zuks Ramasia, avait justifié un plan de restructuration destiné à «remettre SAA sur de meilleurs rails».

Des entreprises publiques à l’agonie

Les entreprises publiques sud-africaines, lourdement endettées à cause de la mauvaise gestion et de la corruption pendant la présidence de Jacob Zuma (2009-2018), plombent les comptes de l’Etat, contraint de voler régulièrement à leur secours. Cyril Ramaphosa, à la tête du pays depuis près de deux ans, a promis de faire le ménage dans ces sociétés. Mais les résultats se font attendre.» Les entreprises publiques nécessitent «une action urgente» car leur santé financière est sous «pression significative», a souligné mercredi dernier l’auditeur général Kimi Makwetu – l’équivalent du président de la Cour des comptes – dans un rapport.» «Il y a des doutes significatifs sur la capacité de plusieurs des entreprises publiques à continuer leurs opérations sans aide financière».

Les principales sociétés d’Etat sous perfusion

Eskom, le géant de l’électricité
Eskom fournit 90% de l’électricité en Afrique du Sud. Ses centrales à charbon, principale source d’électricité, sont vieillissantes, mal entretenues et causent régulièrement des délestages qui plombent l’économie de la première puissance industrielle du continent. Eskom, qui emploie quelque 46.000 salariés, croule sous une dette de 26 milliards d’euros, malgré l’aide de l’Etat qui a injecté en trois ans 128 milliards de rands (7,8 milliards d’euros). Le président Ramaphosa a prévu de diviser l’entreprise en trois entités distinctes (production, transport, distribution).
SAA, la compagnie aérienne
«Les comptes de SAA sont historiquement dans le rouge et le restent malgré les récentes injections de capital du gouvernement», a reconnu récemment sa patronne par intérim, Zuks Ramasia.La compagnie affiche une dette de 9,2 milliards de rands, soit 540 millions d’euros. Pour tenter de sortir des turbulences financières, SAA, qui emploie près de 5.200 personnes, a annoncé début novembre un plan de restructuration qui «pourrait se traduire par le licenciement de près d’un millier de ses salariés.

SABC, le groupe audiovisuel
La société, qui possède trois chaînes de télévision et 18 radios diffusant dans les 11 langues du pays, emploie 3.370 salariés. Elle a bénéficié d’un plan de sauvetage de 2,1 milliards de rands (128 millions d’euros) en octobre 2019. Entre avril 2017 et mars 2018, le groupe audiovisuel a perdu 37 millions d’euros, après une perte record de 60 millions d’euros l’année précédente.
La poste
Technologies obsolètes, modèle commercial dépassé, service peu fiable: le South African Post Office est déficitaire depuis plus de dix ans. L’Etat a injecté 1,5 milliard de rands (915.000 euros) en février pour tenter de remettre à flots l’entreprise, qui a récemment annoncé la suppression de près de 800 emplois.

Denel, le fabricant d’armes
L’entreprise (3.400 salariés) a obtenu en juin un prêt des banques pour payer les salaires de ses employés, a révélé le ministre des Entreprises publiques Pravan Gordhan. L’Etat lui a accordé en août 1,8 milliard de rands (110 millions d’euros) dans le cadre d’un plan de sauvetage.

L’exception Transnet
Dans cet inquiétant paysage, seul Transnet, le géant du fret, se distingue. L’entreprise de 56.000 employés profite à plein de son monopole total sur le «transport des marchandises en Afrique du Sud. Elle a enregistré en 2018 les «meilleurs résultats» de son histoire, selon sa direction, soit une augmentation de 75% de ses profits nets à 4,9 milliards «de rands (3 milliards d’euros). Elle n’a toutefois pas été épargnée par la culture de la corruption. En janvier, Transnet a lancé des poursuites contre plusieurs de ses anciens responsables pour tenter de récupérer des millions de rands qui auraient été, selon la société, siphonnés lors de contrats irrégulièrement attribués.(Source AFP)