Ses dirigeants, qui étaient réunis à Accra, se donnent un nouveau rendez-vous le 3 juillet prochain pour décider de la conduite à tenir à l’encontre des militaires au pouvoir au Burkina Faso, en Guinée et au Mali dont le sort socioéconomique partage les partisans de la fermeté aux défenseurs d’un compromis

Synthèse Anis Remane
Samedi 4 juin, les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEA) ont décidé lors de réunion au sommet à Accra, capitale du Ghana, de maintenir les sanctions en vigueur depuis le 9 janvier dernier contre le Mali en gardant la porte ouverte à leur levée si le pouvoir militaire s’engage à écourter le délai de la transition qu’il contrôle et à organiser des élections. Ils se prononceront à nouveau sur la question lors d’autre rendez-vous, le 3 juillet prochain, ainsi que de la conduite à tenir à l’encontre du Burkina Faso et de la Guinée, deux pays où les militaires ont pris le contrôle par la force et dont il est «exigé» un calendrier «acceptable» de passage à des élections pour un retour des civils au pouvoir. D’ici là, les négociations se poursuivent avec l’espoir d’un rapprochement des points de vue, notamment entre la CEDEAO qui a consenti un délai maximum de 16 mois et l’autorité militaire malienne qui continue de défendre le scénario d’une transition de 24 mois à la place de la prétention ancienne de rester au pouvoir pendant encore cinq ans.
Ainsi dans son communiqué, la CEDEAO déclaré décider de «maintenir les sanctions imposées» et de «continuer le dialogue afin de parvenir à un accord permettant une levée graduelle des sanctions à mesure que les étapes de la transition seront franchies». Selon les observateurs, cette déclaration indiquerait chez les leaders des Etats ouest-africains les nuances voire les divisions entre les partisans d’une ligne dure à l’encontre des officiers au pouvoir à Bamako et les avocats du compromis, un camp qui met sur la balance l’argument que l’embargo sur le Mali détruit les bases d’une économie malienne déjà très fragile et agit négativement sur les économies des pays voisins.
Ces divisions, ajoutent les mêmes observateurs, sont à l’origine de la décision de la CEDEAO de reporter les nouvelles décisions au sommet du 3 juillet prochain à Accra. Comme pour celui du 4 juin, et pour reprendre les mots du président du Ghana Nana Akufo-Addo à l’ouverture de ses travaux, le sommet du 3 juillet prochain réexaminera et évaluera la situation au Mali, en Guinée et au Burkina Faso à la lumière des récents évènements dans la région et du contexte global qui affectent nos pays.
«Nous pouvons nous mettre d’accord sur une échéance qui serait comprise entre seize et vingt-quatre mois», a dit dernièrement dans le magazine Jeune Afrique le chef de l’Etat sénégalais, président en exercice de l’Union africaine. En revanche, «pour la Guinée, la CEDEAO va devoir prendre des mesures», a-t-il dit. Il a qualifié d’ «impensable» le délai de 39 mois, depuis ramené à 36, que s’impartit le colonel Doumbouya. Le sommet de mars avait fixé au Burkina le même ultimatum qu’à la Guinée. Mais à la demande des militaires au pouvoir, la CEDEAO a dépêché fin mai une mission de trois jours pour évaluer la situation au Burkina, où les attaques jihadistes sanglantes se succèdent.
Le rapport de la mission, soumis samedi au sommet d’Accra, constate que «la situation humanitaire et sécuritaire reste difficile» et «il faut évidemment prendre la mesure de cette situation», a déclaré le président de la commission de la CEDEAO Jean-Claude Kassi Brou. La région a vu se succéder les coups de force des colonels et lieutenants-colonels en moins de deux ans : putsch le 18 août 2020 à Bamako, nouveau fait accompli parachevant le premier le 24 mai 2021, putsch le 5septembre 2021 à Conakry, putsch le 24 janvier 2022 à Ouagadougou. Depuis 2020, la CEDEAO multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour accélérer le retour des civils à la direction de ces pays. Elle se heurte aux résistances des nouveaux hommes forts, qu’il s’agisse du colonel Assimi Goïta au Mali, du colonel Mamady Doumbouya en Guinée ou du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ces nouveaux gouvernants en uniforme invoquent la gravité des crises auxquels ils sont confrontés, sécuritaire au Mali et au Burkina, sociale et politique dans les trois pays. Ils veulent avoir le temps nécessaire à ce qu’ils présentent comme leur entreprise de «refondation», et à l’organisation d’élections crédibles. Au Mali, les militaires sont engagés dans une coopération sécuritaire et militaire avec la Russie créant un bouleversement géopolitique et une rupture avec la France l’Europe communautaire avec laquelle le pays développait des relations aujourd’hui critiquées comme «néocoloniales» n