Le volume de poudre de lait importé en 2019 par l’Algérie s’est élevé à 400 000 tonnes à raison d’environ 4 000 dollars la tonne. Une facture qui pèse lourdement sur le budget de financement des importations du pays, d’où l’intérêt d’une intensification de la production laitière. Mais comment y arriver ? C’est la question qui était au cœur des débats lors d’une journée professionnelle, organisée par l’Association algérienne des vétérinaires privés, qui s’est tenue dans l’enceinte de l’Institut national de la recherche agronomique, hier, sous le thème « Optimisation de la production laitière».

A l’entame de cette journée, John Cohen, expert américain en production laitière, a donné une conférence mettant en exergue l’historique de l’évolution de la production laitière dans son pays depuis 1912, «année où s’est tenu le 1er concours de la meilleure vache laitière au dernier concours de 2019». Tout en faisant remarquer que le lait produit par vache est passé de 12 kg, en 1912, à près de 40 kg/jour en 2019», et précise que « le cheptel bovin laitier a par contre diminué entre ces deux périodes, passant de 1 million de têtes à 250 000 têtes». Cet expert a expliqué que cette croissance de la production chez les vaches laitières «est le fruit de la sélection génétique, du confort et une alimentation riche et équilibrée». Il a par ailleurs tenu à souligner : «Au fil des années, les éleveurs ont fini par comprendre que le facteur confort de la vache dans les élevages est d’une grande importance pour pouvoir maintenir des niveaux de production par tête très intéressants. Et ainsi, la taille des élevages dans mon pays n’a cessé de croître pour arriver à des complexes de production de 10 000 à 15 000 vaches laitières.» Et de faire savoir que tous les élevages bovins laitiers aux Etats-Unis sont gérés par un logiciel. Il fait remarquer l’intérêt de la pratique du génome car cela peut rapidement multiplier le cheptel bovin laitier. Lors des débats qui ont suivi la conférence de l’expert, les vétérinaires sont d’avis que l’optimisation de la production laitière nationale passe avant tout par la multiplication du cheptel, mais de races adaptées aux conditions du pays. Dans ce contexte, des vétérinaires se sont plaints de la faible quantité de semences que met à leur disposition le Centre national d’insémination artificielle (CNIAG). «Pis encore, parfois les semences qui nous sont livrées sont de piètre qualité au point où le taux d’échec atteint les 50%», a lâché ce vétérinaire de Aïn Defla. Un autre de Bouira rapporte : «Les éleveurs qui ont inséminé leur vaches sont de plus déçus non seulement des résultats mais surtout par la lenteur dans le versement de la prime qui leur est due pour chaque opération d’insémination. Ce retard les décourage de plus en plus.»
De son côté, Abdelhamid Soukehal, expert laitier et ancien directeur général des productions animales au ministère de l’Agriculture, juge que pour arriver à optimiser la production nationale de lait cru, il va falloir lever des verrous «notamment celui relatif à la politique génétique menée jusqu’ici, car elle a montré ses limites. En outre, les prix et subventions entravent plus qu’ils n’encouragent l’élevage de la vache laitière ainsi que le système actuel de l’alimentation du cheptel bovin laitier qui est en totale contradiction avec les besoins réels pour assurer de bons rendements chez les vaches». Cet expert a par ailleurs révélé qu’il est pour le développement du génome. «Je suis convaincu que le pays a tout à gagner en mettant en pratique cette méthode de multiplication du cheptel, d’autant plus qu’elle a prouvé son efficacité sur le terrain», a-t-il révélé. Toujours dans ce sillage, il a rappelé : «Le pays importe 25 000 génisses pleines chaque année, mais pour répondre aux besoins, il faudrait importer 100 000 génisses, compte tenu que la moyenne actuelle de production par vache ne dépasse pas les huit litres alors que ces vaches importées bien alimentées et évoluant dans un minimum de confort, peuvent donner jusqu’à 20 litres par jour, voire 30 litres, dans leurs pays d’origine.»
Notons que les débats se sont conclus sur l’idée que, pour optimiser la production laitière, «il faut encourager la production en amont». En clair, «multiplier le cheptel bovin laitier, lequel doit être dominé par des vaches laitières à fort potentiel ».