Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, a procédé, hier, à l’installation de l’Observatoire national de l’épargne.

Parler d’épargne domestique alors que le pouvoir d’achat de l’Algérien est de plus en plus laminé est des plus irrationnels. Et quand bien même une frange de la population affiche des propensions à épargner, il n’en demeure pas moins que seul un niveau d’intérêt et de rémunération offerte plus attrayants peuvent motiver les ménages. Une approche qui a fait l’unanimité lors d’une rencontre autour du thème « L’épargne, pierre angulaire de l’inclusion financière », qui s’est tenue hier au Centre international des conférences (CIC) Alger à l’occasion de la Journée mondiale de l’épargne.
Le ministre des Finances Abderrahmane Raouya, qui a, en premier, pris la parole, a tenu à rappeler à l’assistance que « le développement de l’épargne chez les ménages a toujours été soutenu par les pouvoirs publics en Algérie par la mise en œuvre de multiples mesures d’encouragement, néanmoins le volume d’épargne collecté dépend de facteurs qui affectent la situation financière des ménages ». Il avancera à titre illustratif que les données statistiques indiquent une évolution du volume de collecte. « Il a atteint 1 096 milliards de DA en 2013, 2 087 MDA en 2016 et 2 138 MDA en 2017, soit près de 32% du PIB du pays », a-t-il précisé. Tout en commentant que « cette relative stagnation du volume d’épargne, enregistré en 2016 et 2017, nous interpelle davantage. Il faudra pour redynamiser l’épargne axer les efforts sur la sensibilisation des ménages ». Et dans ce sens, le ministre a annoncé que « la mise en place d’un observatoire national de l’épargne demeure tout à fait indiqué, car à même de capter la masse d’argent qui circule en dehors du système conventionnel. Le ministre a, par ailleurs, interpellé les acteurs de la finance à redoubler d’efforts dans ce sens. Et dans ce contexte, la commission mixte qui a été installée aujourd’hui – composée de représentants des banques et des sociétés d’assurances, de l’Office national des statistiques (ONS) et du Conseil national économique et social (Cnes), ainsi que des experts du secteur -, « va permettre, je l’espère, de booster l’épargne domestique », a-t-il conclu. On apprendra que cette commission mixte aura pour tâche de capter deux profils d’épargnants, à savoir les rétifs aux produits de la finance conventionnelle par conviction, et les résignés ayant un recours limité aux services financiers non conventionnels, qui sont d’ailleurs nombreux, préférant thésauriser leur épargne dans d’autres circuits.
De son côté, le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, qui participait à cette rencontre, a estimé qu’il est temps que le volume de récolte de l’épargne soit plus important qu’il ne l’est actuellement. Et de déplorer dans ce sens que « les masses monétaires circulant hors circuit bancaire s’élèvent à 4 800 millions DA dont 2 000 mds DA environ sont chez les particuliers, ou appelé la petite épargne, qui échappe au système financier ». Et donc pour capter toute cette masse monétaire, M. Loukal a appelé les banques et les établissements financiers à améliorer leur rapport avec leurs clients, moderniser leurs services à travers l’intégration des nouvelles technologies. «Ce que je demande aux banques c’est que 20 milliards de Dollars sont là et n’attendent qu’à être captés. Comment faire ? Par un circuit de proximité, une diversification des produits et services et une modernisation des services bancaires, notamment avec le e-commerce qui vient d’être promulgué, la monétique ainsi que le téléphone portable », a préconisé le même responsable.
Il convient de souligner que le gouverneur de la Banque d’Algérie a, lors de son intervention, annoncé que « le règlement devant régir la finance islamique sera promulgué au courant du mois de novembre 2018. Ainsi, la place financière sera dotée d’un règlement qui permettra de commercialiser les produits alternatifs ou participatifs ». Et de préciser, enfin, dans la foulée : « Les banques qui se sont déclarées aptes et prêtes à commercialiser ce produit (finance islamique) se verront sur le terrain. »