La trêve partielle d’une semaine en Afghanistan a été prolongée en vue d’un cessez-le-feu « complet », a déclaré hier dimanche le président Ashraf Ghani. « La réduction des violences va continuer avec pour but d’atteindre un cessez-le-feu complet », a dit M. Ghani lors d’une conférence de presse à Kaboul, précisant que les talibans avaient été informés de cette décision par le général américain Scott Miller.

Le président afghan a cependant rejeté la clause de l’accord qui demande aux talibans de libérer jusqu’à 1.000 prisonniers et au gouvernement afghan d’en libérer 5.000. « Il n’y a pas d’engagement à libérer 5.000 prisonniers », a souligné M. Ghani. « C’est le droit et le propre souhait du peuple d’Afghanistan. Cela fait partie de l’agenda des discussions intra-afghanes, mais ne peut pas être un «prérequis à des discussions», a-t-il ajouté. Avant-hier, samedi, le président américain Donald Trump a annoncé qu’il rencontrerait bientôt les dirigeants talibans avec lesquels Washington vient de signer un accord ouvrant la voie à un retrait total des troupes américaines d’Afghanistan. « Je rencontrerai personnellement les dirigeants talibans dans relativement peu de temps », a déclaré le président américain lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche. Se disant convaincu qu’ils voulaient «faire quelque chose pour démontrer qu’il ne s’agit pas d’une perte de temps», il a cependant lancé une mise en garde à ces derniers. «Si les choses se passent mal, nous y retournerons», a-t-il lancé. Interrogé sur les critiques de John Bolton, son ancien conseiller à la sécurité nationale, qui a qualifié l’accord d’«inacceptable», M. Trump a vivement réagi. «Personne ne devrait critiquer cet accord après 19 ans», a-t-il tonné. «Ce que nous avons fait pour le monde est incroyable», a-t-il encore ajouté dans sa défense de l’accord «historique» signé le même jour (samedi) par son pays et les Talibans.
Cet accord signé à Doha ouvre la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre et à des négociations de paix interafghanes inédites. Il a été négocié pendant un an et demi au Qatar a été signé par les principaux négociateurs des deux parties ennemies, Zalmay Khalilzad côté américain et le chef politique des insurgés afghans, Abdul Ghani Baradar, en présence du secrétaire d’Etat Mike Pompeo. Selon les observateurs, ce texte n’est pas un accord de paix à proprement parler, car les autorités afghanes, elles-mêmes aux prises avec les divisions nées d’une élection présidentielle contestée, ont jusqu’ici été tenues à l’écart de ces pourparlers directs sans précédent. Mais les Américains s’engagent à entamer immédiatement un retrait graduel de leurs troupes, pour les ramener d’environ 13.000 actuellement à 8.600 d’ici 135 jours.
Kaboul-Talibans, des négociations d’ici le 10 mars
Un calendrier de principe prévoit le retrait total de toutes les forces étrangères d’Afghanistan « au cours des 14 mois suivant la signature de l’accord », selon le texte. Leur départ est toutefois lié au respect par les talibans de leurs engagements sécuritaires et aux progrès dans les négociations interafghanes à venir, selon des hauts responsables américains. En contrepartie de cette revendication-clé des talibans, ceux-ci s’engagent à bannir tout acte de terrorisme depuis les territoires qu’ils contrôlent et à entamer de véritables négociations avec le gouvernement de Kaboul avec lequel ils refusaient jusqu’ici de parler.Ces négociations doivent commencer d’ici le 10 mars, selon l’accord, probablement à Oslo.
Malgré les critiques de certains observateurs pour qui elle concède trop pour trop peu, l’administration Trump assure que les garanties fournies par les insurgés répondent à la raison première de l’intervention américaine, lancée en représailles aux attentats du 11-Septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l’Afghanistan alors dirigé par les talibans. Aux termes de l’accord, « les talibans n’autoriseront aucun de leurs membres, ou d’autres individus ou groupes, dont Al-Qaïda, à utiliser le sol afghan pour menacer la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés».
«C’est un premier pas décisif et historique quant à leur reconnaissance publique qu’ils rompent les liens avec Al-Qaïda», a assuré un responsable américain. Saluant la «meilleure chance de paix en une génération», Mike Pompeo a appelé les talibans à « tenir la promesse de rupture avec Al-Qaïda», et à ne pas «crier victoire», chose pourtant bien réelle puisque ces fondamentalistes ont réussi à s’imposer comme un acteur incontournable de la scène afghane, à signer un accord avec les Etats-Unis et sans le gouvernement afghan en place, jusqu’à se faire recevoir à la Maison Blanche, selon l’annonce de son chef Donald Trump.
Quelque 30 pays étaient représentés à Doha, mais pas le gouvernement afghan qui a toutefois dépêché en amont une petite délégation pour une « première prise de contact » avec les talibans.Entre 32.000 et 60.000 civils afghans ont été tués dans ce conflit, selon l’ONU, et plus de 1.900 militaires américains. Pour Robert Malley, président de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group, «aucun accord n’est parfait», mais celui de samedi « représente le meilleur espoir d’avancer vers la fin d’une guerre qui a duré deux décennies».