Abdul Ghani Baradar, est rentré mardi en Afghanistan à peine deux jours après la prise du pouvoir par les Talibans. Cod-fondateur, numéro deux du mouvement et négociateur dans les pourparlers avec les Etats-Unis au Qatar, le retour de ce mollah au pays achève un épisode important du contrôle du pays par les fondamentalistes pachtounes.

Par Anis Remane
Dirigeant de leur bureau politique dans la capitale qatarie, ce dignitaire est promis à de hautes fonctions, selon les analystes. Il pourrait même être le futur chef de la diplomatie afghane et une vitrine pour les nouveaux maitres du pays. En pleine récupération du pouvoir, ceux-là montrent pour l’instant un visage «rassurant» alors que de grandes puissances internationales très présentes dans le pays comme la Chine et la Russie souhaitent établir avec eux les meilleures relations possibles. Pékin et Moscou n’ont pas fermé leurs ambassades.
Lors de leur première conférence de presse dans la capitale conquise, les talibans ont assuré que la guerre était terminée et que tous leurs adversaires seraient pardonnés. «La guerre est terminée (…le leader des talibans) a pardonné tout le monde», a déclaré leur porte-parole Zabihullah Mujahid. «Nous nous engageons à laisser les femmes travailler dans le respect des principes de l’islam». Ils avaient auparavant annoncé une «amnistie générale» pour tous les fonctionnaires d’État, appelant chacun à reprendre ses «habitudes de vie en pleine confiance». Dans une interview à la chaîne Sky News, Suhail Shaheen, porte-parole du bureau politique des talibans à Doha, a quant à lui assuré que le port de la burqa, un voile intégral, ne serait pas obligatoire pour les femmes car «il existe différents types de voile». Ce discours est surtout destiné aux Occidentaux dont les opinions s’inquiètent du sort réservé aux femmes notamment, il est cependant fort à parier que leurs gouvernements seront davantage intéressés par leurs intérêts économiques et stratégiques et n’hésiteront pas à les défendre pour eux-mêmes ou en concurrence des challengers chinois et russe.
Très critiqué, le président américain Joe Biden a défendu bec et ongles la décision de retirer ses troupes du pays, malgré les scènes de détresse lundi à l’aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes ont tenté de fuir. «Je suis profondément attristé par la situation, mais je ne regrette pas» la décision de retirer les forces américaines d’Afghanistan, a déclaré le chef de la Maison Blanche. Les États-Unis pourraient reconnaître un gouvernement taliban s’il «préserve les droits fondamentaux de son peuple (…) y compris de la moitié de sa population – ses femmes et ses filles», et qu’il «n’offre pas de refuge aux terroristes», a indiqué le porte-parole du département d’État, Ned Price. L’UE «devra parler» aux talibans «aussi vite que nécessaire», car ces derniers «ont gagné la guerre» en Afghanistan, a quant à lui déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne. La Chine, première à dire lundi vouloir entretenir des «relations amicales» avec les talibans, a fustigé mardi la «terrible pagaille» laissée par les Etats-Unis, qui partout, en Irak, en Syrie et en Afghanistan, laissent «des troubles, des divisions, des familles dévastées et décimées». La Russie, dont l’ambassadeur devrait être le premier contact diplomatique du nouveau régime, a estimé mardi que les assurances des talibans en matière de liberté d’opinion sont un «signal positif» et dit souhaiter le lancement d’un «dialogue national (…) avec la participation de toutes les forces politiques, ethniques et confessionnelles» d’Afghanistan. La Turquie a aussi salué les «messages positifs» des talibans, et l’Iran a fait des gestes d’ouverture. Mais pour le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), des crimes et des exécutions en guise de représailles ont été commis dans le pays, qui pourraient relever de violations du droit international humanitaire. n