Par Mushtaq MOJADDIDI
Kaboul est en deuil samedi, au lendemain de l’attentat revendiqué par le groupe Etat Islamique (EI), le plus meurtrier en Afghanistan depuis la signature de l’accord entre Washington et les talibans le 29 février. Cette attaque durant laquelle un homme a ouvert le feu lors d’un rassemblement politique, a tué 32 personnes, blessé des douzaines d’autres et laissé des scènes d’horreur gravées dans l’esprit des blessés. Elle rappelle à quel point la situation sécuritaire en Afghanistan reste fragile malgré la signature de l’accord à Doha pour un retrait des troupes étrangères du pays en 14 mois. Basira, 15 ans, était présente, pour la première fois, accompagnée de son père et sa petite soeur, au rassemblement de vendredi, une cérémonie commémorant la mort d’Abdul Ali Mazari- un homme politique de la minorité hazara. «Nous étions au milieu de la cérémonie lorsque les coups de feu ont retenti», a-t-elle dit à l’AFP, la voix frêle, couchée dans son lit d’hôpital dans un quartier pauvre de Kaboul. «Les tirs ont continué sans interruption pendant plus d’une heure», a-t-elle raconté, décrivant des scènes de chaos- la foule terrifiée tentant d’échapper à des assaillants qui semblaient postés en hauteur. Un éclat de projectile l’a touchée à la jambe droite et elle perdu connaissance, avant d’être transportée vers un hôpital voisin, avec 28 autres blessés. Zamin Ali, blessé par balle, décrit des centaines de personnes rassemblées pour assister à la cérémonie lorsque les assaillants ont commencé à tirer. «J’ai vu … un enfant mort qui gisait sur le sol», se souvient le sexagénaire. «Tout le monde fuyait … alors que les blessés demandaient de l’aide», a-t-il dit à l’AFP. Le groupe djihadiste Sunnite Etat Islamique avait revendiqué une attaque contre la même cérémonie l’an dernier qui avait tué onze personnes. L’EI, d’obédience sunnite, a déjà visé la minorité hazara, dont les membres sont très majoritairement chiites. Les survivants ont manifesté leur colère contre un gouvernement qui selon eux a échoué à améliorer la situation sécuritaire. «Les élites politiques ont fui dans leurs convois, et des personnes pauvres et innocentes ont été tuées et blessées», a réagi Basira. Plusieurs responsables politiques haut placés étaient présents à la cérémonie, dont le chef de l’exécutif Abdullah Abdullah. Tous ont été évacués sains et saufs. L’attaque a mis en doute la capacité des talibans à empêcher des groupes comme l’EI de gagner du terrain en Afghanistan après le départ des troupes étrangères en échange de garanties sécuritaires et de l’ouverture d’un dialogue entre les insurgés et le gouvernement de Kaboul. Les talibans ont aussi intensifié leurs attaques contre les forces de sécurité afghanes: vendredi soir dans la province contestée d’Herat (ouest), ils ont tué sept villageois dont deux enfants, selon des responsables du gouvernement. «Ils ont ouvert le feu sur des civils, et en ont tué sept et blessé dix», a dit à l’AFP Jailani Farhad, le porte-parole du gouverneur de la province. Selon Lal Mohammad Omarzai, chef du district de Robat Sangi, où l’attaque a eu lieu, les insurgés étaient en colère contre les villageois, car ces derniers refusaient de payer une taxe aux talibans. Les discussions intra-afghanes doivent en principe débuter mardi, mais ce n’est pas sûr en raison d’un désaccord au sujet d’un échange de prisonniers.n