La réunion virtuelle des dirigeants du G7 sur la situation en Afghanistan se tiendra demain mardi, a annoncé hier dimanche le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays assure actuellement la présidence du «Groupe des 7» (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni). «Je convoquerai mardi les dirigeants du G7 pour des discussions urgentes sur la situation en Afghanistan. Il est vital que la communauté internationale travaille ensemble pour assurer des évacuations sûres, prévenir une crise humanitaire et aider le peuple afghan
à protéger les progrès (réalisés) les 20 dernières années», a déclaré le chef du gouvernement sur Twitter.

Synthèse de Anis Remane
Une réunion rassemblant les ministres des Affaires étrangères du G7 s’est déjà tenue jeudi dernier. A l’issue de cette rencontre, les ministres avaient appelé les Talibans à garantir la «sécurité» des étrangers et des Afghans désireux de quitter l’Afghanistan. Ils avaient aussi souligné «la nécessité pour toutes les parties de respecter le droit international humanitaire».
La réunion du G7 se tient sur fond de constat d’échec de la présence américaine occidentale en Afghanistan pendant vingt ans et de critiques acerbes de la manière dont les forces américaines se sont désengagées du pays. Une semaine après la prise de pouvoir des Talibans, des milliers de personnes tentaient toujours, hier dimanche, de fuir leur pays au péril de leur vie tandis que les opérations d’évacuations des pays étrangers se poursuivent dans des conditions extrêmes pour ne pas dire chaotiques. Les scènes de panique et de désespoir, qui se succèdent depuis une semaine à l’aéroport de Kaboul, ont provoqué la mort de civils. Sept Afghans sont morts dans la cohue, a indiqué dimanche le ministère britannique de la Défense sans plus de précisions.
Samedi, des images tournées par Sky News montraient les corps d’au moins trois personnes, vraisemblablement écrasées par la foule qui se presse contre les portes de l’aéroport, avec les soldats américains d’un côté et les combattants islamistes de l’autre. Depuis le 14 août, quelque 17 000 personnes ont été évacuées par les Etats-Unis, dont 2 500 Américains. Dans une interview à la chaîne ABC, le président américain Joe Biden a indiqué que les Etats-Unis prévoyaient d’évacuer tous les Américains (entre 10 000 et 15 000 personnes selon certaines estimations), et espéraient pouvoir faire de même pour les alliés afghans et leurs familles (entre 50 000 et 65 000 personnes).
«Les Américains veulent sortir 60 000 personnes avant la fin du mois. C’est mathématiquement impossible», a néanmoins jugé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Les Etats-Unis sont responsables du chaos à l’aéroport et cela doit cesser «le plus tôt possible», a estimé, hier dimanche, un haut responsable taliban. «L’Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (…), a échoué à ramener l’ordre à l’aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n’y a que le chaos à l’aéroport de Kaboul (…) Cela doit cesser le plus tôt possible», a déclaré Amir Khan Mutaqi.
Durant la même journée, le président russe Vladimir Poutine a appelé à empêcher un afflux de réfugiés en provenance d’Afghanistan parmi lesquels pourraient se cacher des «combattants déguisés». «Nos partenaires occidentaux demandent avec insistance d’accueillir les réfugiés dans les pays d’Asie centrale jusqu’à ce qu’ils aient un visa pour les Etats-Unis ou pour d’autres pays», a déclaré M. Poutine, lors d’une réunion avec des responsables du parti au pouvoir Russie unie. «Mais qui peut être (caché) parmi ces réfugiés, comment peut-on le savoir ?», a-t-il souligné, en estimant que «des centaines, voire des centaines de milliers ou peut-être des millions» de personnes pourraient vouloir fuir le territoire afghan. Plusieurs ex-républiques soviétiques d’Asie centrale partagent une frontière avec l’Afghanistan et la Russie, dès lors des «combattants déguisés en réfugiés» pourraient atteindre le territoire russe, a-t-il estimé. La Russie «ne veut pas de ces éléments en provenance d’Afghanistan ou d’autres pays», a insisté le Président russe, rappelant que son pays a combattu dans le Caucase une guérilla djihadiste pendant des années. L’Afghanistan fera l’objet de discussions aujourd’hui lors d’un sommet en ligne de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire réunissant plusieurs ex-républiques soviétiques, menée par la Russie.