Les perspectives macroéconomiques de l’économie algérienne risquent de s’assombrir davantage si la reprise de l’économie mondiale venait à être renvoyée aux calendes grecques. L’espoir d’une reprise au quatrième trimestre de cette année se lézarde peu à peu, alors que la pandémie de coronavirus semble reprendre du poil de la bête dans plusieurs pays, notamment dans les économies émergentes.

L’économie mondiale entre dans la seconde moitié de 2020 encore profondément affectée par la pandémie de coronavirus, ce qui fait dire à certains économistes que la reprise pour cette année, et même un retour en 2021, seraient exclus, autrement dépendant de bien des facteurs. De toute façon, ce scénario catastrophe n’a pas été prévu au début de l’année où la plupart des économistes tablaient sur une nouvelle année d’expansion et un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine était censé donner un coup de pouce à la confiance des entreprises et des investisseurs. Au lieu de cela, la pandémie de coronavirus a précipité l’ensemble des économies dans la récession en raison des plans de confinement qui ont touché la moitié de la planète, réduisant fortement l’activité économique, les échanges mondiaux ainsi que la circulation des personnes et des marchandises. Les banques centrales et les gouvernements ont répondu à la crise en injectant des milliards de dollars pour empêcher les marchés de fondre et pour garder les travailleurs en congé et les entreprises à flot jusqu’à ce que le virus soit passé. Nonobstant ces efforts de sauvetage, historiques et sans précédent, l’économie mondiale souffre toujours de sa pire crise ; les espoirs d’un rebond en forme de V ont été anéantis, car la réouverture des entreprises semble au mieux fragile et les pertes d’emplois risquent de passer de temporaires à permanentes. La reprise risque de ne pas être pour demain. D’autant plus que la pandémie continue de sévir dans de nombreux pays de la planète, réputés pour être les plus grands consommateurs de pétrole. Les économistes croient désormais dur comme fer que le rétablissement de l’économie mondiale dépend en grande partie d’un vaccin qui, pour l’heure, reste hors de portée. L’Organisation mondiale de la santé prévient que le pire de la pandémie est encore à venir alors que le nombre des cas de contamination dépassent les 10 millions et les décès les 500 000. Et même dans les pays où le virus semblait contenu, de nouvelles poussées sont fréquentes. Le FMI estime que d’ici la fin de cette année, 170 pays – soit près de 90% des économies du monde – auront un revenu par habitant en baisse vertigineuse. C’est un renversement par rapport à janvier, alors qu’il prévoyait que 160 pays termineraient l’année avec des économies plus solides et une croissance positive du revenu par habitant. L’Algérie n’est pas en reste. La Banque mondiale anticipe une croissance négative (-3%) du PIB réel de l’Algérie cette année, alors que son institution jumelle, le FMI en l’occurrence, prévoit une récession de -5,2% cette année. C’est une perspective inquiétante alors que, au plan microéconomique, des failles en cascade sont à craindre dans de nombreux secteurs d’activité, entraînant une hausse inévitable du taux de chômage. Au plan macroéconomique, l’amélioration des indicateurs dépend de la reprise de l’économie mondiale et, par ricochet, du rebond de la demande de pétrole. Les efforts consentis par l’Opep et ses partenaires non Opep, qui consistent à réduire leur production pour éponger les excédents et soutenir les prix, risquent d’être insuffisants pour parer à une rechute des cours si l’économie mondiale venait à s’installer durablement dans la récession. Pour ainsi dire, le rétablissement de l’économie algérienne dépend du rebond de la croissance mondiale qui signifiera une hausse de la demande au brut et une reprise des cours. Faute de quoi, l’Algérie verra ses déficits se creuser et son économie chavirer davantage. Selon la Banque mondiale, la baisse importante des recettes d’exportation (-51 %) cette année entraînera un creusement du déficit commercial qui s’élèvera à 18,2 % du PIB et une détérioration du déficit du compte courant qui atteindra le niveau record de 18,8 % du PIB en 2020. n