Alors que l’année 2020 s’est achevée jeudi dernier avec les verdicts des affaires Kouninef et Maya et que 2021 a débuté par l’acquittement en appel de Saïd Bouteflika, frère et ex-conseiller de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, des anciens généraux Mohamed Mediène et Athmane Tartag, ainsi que de Louisa Hanoune, l’actualité judiciaire s’annonce encore très chargée au cours des prochaines semaines. Les dossiers impliquant d’anciens responsables politiques ou figures économiques de la présidence Bouteflika restent nombreux, d’autant que plusieurs enquêtes sont toujours en cours et des «témoins» toujours entendus. La Cour d’Alger devrait ainsi réexaminer, dès le 9 janvier prochain, l’implication des deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdemlalek Sellal dans le dossier du montage automobile.
L’affaire a été jugée en première instance, pour rappel, par le Tribunal de Sidi M’hamed en décembre 2019, et rejuger le 25 mars dernier en appel par la Cour d’Alger. Ce nouveau et troisième passage devant la justice fait suite au pourvoi en cassation introduit par la défense auprès de la Cour suprême. Les deux anciens Premiers ministres, également poursuivis aux côtés des anciens ministres de l’Industrie Youcef Yousfi, Bedda Mahdjoub et Bouchouareb Abdeslam, ainsi que celui des Transports, Abdelghani Zaalane, avaient été reconnus coupables d’octroi d’indus avantages à certains projets de montage automobile. Des peines variant entre 3 et 15 ans avaient en ce sens été prononcées. L’affaire qui implique également les patrons des usines automobiles, Hassan Larbaoui et Mohamed Bairi, ainsi que l’ex-président de l’ex-Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad, avait par ailleurs mis au jour l’implication des deux anciens responsables dans le système de financement de la campagne du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika.
Inscrites pour leurs parts au programme du Tribunal criminel d’Alger, deux affaires déjà «anciennes», liées à la corruption, au détournement et à la mauvaise gestion, devraient refaire parler d’elles suite au feu vert donné par la Cour Suprême. Le 21 janvier commencera ainsi le réexamen de «l’affaire de l’Autoroute Est-Ouest» qui implique, depuis le procès de mai 2015, 23 personnes morales et physiques, dont 7 entreprises étrangères, condamnées à des peines de prison allant de 1 an avec sursis à 20 ans de réclusion. Le dossier qui cite ainsi d’anciens ministres concerne en priorité les surcoûts d’un projet initialement évalué à 6 milliards de dollars, mais dont les réévaluations l’ont porté à près de 13 milliards de dollars, selon l’ancien ministre des Travaux publics, Abdelkader Kadi.
Tout aussi complexe, le «dossier Sonatrach 1», lié à corruption dans le cadre de la conclusion de marchés «de gré à gré» avec des compagnies étrangères, devrait quant à lui refaire surface un peu plus tard, dès le 17 février prochain. Le Tribunal criminel d’Alger avait, pour rappel, condamné en 2016 près d’une vingtaine de personnes morales et physiques, dont des sociétés étrangères, pour association de malfaiteurs, détournement de fonds publics. L’ancien PDG du groupe Sonatrach, Mohamed Meziane, a été condamné à cinq ans de prison avec sursis et à une amende de 2 millions de dinars. Le patron de Contel-Algérie et du holding algéro-allemand Contel Funkwerk, Mohamed Reda Djaafar al-Ismaïl, avait quant à lui écopé de six ans de prison ferme assortie d’une amende de 2 millions de dinars. Quant aux «nouvelles» affaires qui devraient être lancées à l’issue des examens en cours, elles pourraient notamment impliquer ou du moins citer, les anciennes ministres Houda Faraoun et Djamila Tamazirt, placées sous mandat de dépôt au début du mois de décembre. La première, ministre des Postes et Télécommunications, serait liée, ou auraient facilité les «affaires» des frères Kouninef, dont l’installation de cabines téléphoniques au détriment de l’opérateur public Algérie Télécom, et engendrant des pertes à ce dernier estimées à 3 milliards de dinars. L’ancienne ministre de l’Industrie Djamila Tamazirt, qui avait également comparu devant le juge d’instruction, près le pôle financier près le Tribunal de Sidi M’hamed, serait quant à elle citée pour ses liens avec l’affaire de l’homme d’affaire Benamor. Les situations des ex-ministres de la Culture Khalida Toumi et Azzedine Mihoubi sont, quant à elles, toujours incertaines, plusieurs sources précisent néanmoins qu’ils auraient été entendus par la justice au sujet de la gestion du ministère, notamment en ce qui concerne le financement et les sommes accordées à plusieurs productions cinématographiques.