Hier, au siège de l’association SOS disparus, à Alger, Benyoucef Melouk, infatigable malgré l’âge et le temps passé, a organisé une conférence de presse pour s’exprimer sur son fameux et désormais très ancien dossier des «faux Moudjahidine» et des «magistrats faussaires». Deux affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire et médiatique, surtout au tournant des années 1990 et qui n’ont pas encore connu d’issue, selon cet ancien haut fonctionnaire, passé par le secteur de la Justice, et dont il continue à dénoncer les «combines», d’après ses propres termes. Aujourd’hui, trois décennies après ces deux affaires, il campe sur sa position.
Qui dit l’affaire des faux moudjahidine et des magistrats faussaires dit l’affaire Melouk. L’homme qui s’est présenté, hier, devant la vingtaine de journalistes venus couvrir sa conférence de presse est encore fidèle à son affaire et son combat qui dure depuis 45 ans, précise-t-il. Et il «ne regrette pas», dit-il. Cette affaire est, selon M. Melouk, une «cause nationale» qui concerne tout le monde. «Se taire est synonyme de trahir l’Histoire, les martyrs et les futures générations», n’hésite-il pas à affirmer dans son échange avec la presse, à laquelle il reproche un «silence complice». «Les rédactions ont tourné le dos à cette affaire qui date depuis la période de Boumediène», a-t-il déclaré.
Retour sur un passé et à une époque où de très nombreux journalistes n’étaient pas encore nés. Tout a commencé en 1975, lorsque Benyoucef Melouk a été chargé d’enquêter sur des magistrats soupçonnés de fraude et d’usurpation d’identité et de statut pour occuper des postes importants et remettre les conclusions de son investigation aux services de sécurité. C’est là, où le chargé de l’affaire a commencé, souligne-t-il, à observer des dépassements et des falsifications de documents par ces faux magistrats. Sa mission est de «nettoyer» le secteur de la Justice, selon ses mots. Malheureusement, tout a mal tourné. Boumediène a ordonné de classer l’affaire, car de grosses têtes étaient impliquées, elles et leurs familles.
Selon lui, c’est l’Etat qui a permis ces dépassements. «On ferme et on ouvre à chaque fois le dossier selon les circonstances et l’humeur des responsables qui arrivent, une porte ouverte aux dépassements», a-t-il dit, jusqu’à être mis «sous pression pour laisser tomber le dossier». Mais il n’a pas voulu céder en dépit de quatre grands procès de justice, des pressions et des harcèlements qu’il a subis, lui, sa femme et ses enfants, dénonce-t-il. Quid de l’avenir ? «Je ne lâche rien, je continue le combat», lâche-t-il.
Il expliquera que sa lutte au sein du Hirak procède de son attachement à la justice et au «respect du droit et de la dignité humaine».