Les services de la Sûreté de wilaya d’Alger ont annoncé, dans un communiqué publié hier, avoir procédé à l’arrestation du suspect de l’agression, survenue mardi dernier, sur deux infirmières à proximité du CHU de Beni Messous Alger.

«Moins de 24 heures après avoir commis ce forfait, qui a coûté la vie à une femme et entraîné de graves blessures à une autre, à proximité du CHU de Beni Messous (Alger), et à la suite de l’ouverture d’une enquête sous la supervision du Parquet compétent, et récupéré l’arme du crime», le suspect a été arrêté.
Le drame des deux infirmières sauvagement poignardées à Beni Messous, dont l’une a succombé à ses blessures, a profondément choqué et scandalisé l’opinion publique et les professionnels du secteur de la santé. Ce drame fait aussi ressurgir une nouvelle fois le problème de fond de la violence qui prend de plus en plus d’ampleur dans la société algérienne.
C’est au milieu de la matinée du mardi 28 juin que l’information de l’agression de deux infirmières se rendant à leur travail au CHU de Beni Messous s’est propagée telle une traînée de poudre dans les médias et les réseaux sociaux, suscitant une vague de condamnations et un véritable émoi parmi la population.
Dans un témoignage du père de la victime, au micro de la Chaîne III, et dont la vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux, il relate le déroulement de cette matinée qui avait débuté comme les autres jours et le choc qu’il a eu en apprenant la tragique nouvelle au point de faire un AVC, rapidement pris en charge au niveau des urgences du CHU Beni Messous. La consternation du père de la victime était d’autant plus grande que le drame s’est déroulé sur le court trajet entre le domicile familial et l’hôpital qu’emprunte quotidiennement sa défunte fille avec son amie infirmière également pour rejoindre leur lieu de travail.
Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, qui avait interrompu sa réunion pour se rendre au CHU de Beni Messous présenter ses condoléances à la famille de l’infirmière et s’enquérir de l’état de santé de la seconde victime, qui avait été rapidement pris en charge par le service des soins intensifs, a condamné fermement ce crime. «Nous condamnons le crime et nous demandons que justice soit faite», il a ajouté que «même si elle n’entraîne pas la mort, l’agression est condamnable et quand elle entraîne la disparition d’un être cher, je ne pense pas que la justice a une quelconque clémence vis-à-vis de ceux qui portent atteinte aux personnes».
En fin de cette funeste journée de mardi, le procureur de la République près le tribunal de Bir Mourad Raïs a ordonné l’ouverture «d’une enquête approfondie» sur cette agression, selon un communiqué du Parquet rendu public. Il est ainsi précisé dans le communiqué que, selon le rapport des services de sécurité, la première victime, répondant aux initiales B. F., âgée de 32 ans et infirmière à l’hôpital de Beni Messous, a été poignardée dans le dos et a succombé à ses blessures à son arrivée à l’hôpital. La seconde Ch.S., âgée de 26 ans, également infirmière au même hôpital, a été aussi poignardée dans le dos avec des blessures au niveau de la main, et se trouve actuellement au service des urgences chirurgicales de l’hôpital de Beni Messous. Il a été également précisé que «l’opinion publique sera informée de tous les rebondissements de cette affaire».

Traiter la violence dans la société

Le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) Lyes Merabet a précisé, hier, à Reporters que «nos collègues sur place nous ont rassurés quant à l’état de santé de la seconde victime. On espère qu’elle va se rétablir rapidement sur le plan physique, mais également sur le plan moral, parce que lorsque l’on est victimes d’une telle situation ce n’est pas facile, surtout que son amie y a laissé la vie».
Le président du SNPSP a également condamné cette agression en déclarant : «Nous condamnons fermement cet acte tragique». Enchaînant qu’«en attendant que la lumière soit faite sur cet événement tragique et que les coupables soient identifiés et sévèrement punis, on ne peut qu’apporter notre soutien et notre compassion aux familles des victimes et présenter nos condoléances et notre soutien à la famille de l’infirmière décédée et souhaiter un prompt rétablissement à la deuxième victime de l’agression».
Dr Lyes Merabet tient toutefois à relever que la violence est un mal profond qui ronge la société et qui nécessite en urgence une véritable prise en charge multisectorielle pour y remédier.
Il souligne à ce sujet que «l’agression s’est déroulée dans la rue, c’est-à-dire sur la voie publique. Et, malheureusement, en tant que citoyens, on est souvent confrontés à des situations de violence, car l’espace public est devenu ouvert à tous les dangers». Il met ainsi en lumière le problème de fond de la violence dans la société algérienne qu’il estime être une conséquence à de multiples facteurs, dont le fait d’avoir occulté les répercussions des années 1990 sur la société algérienne, la propagation du fléau de la toxicomanie à toutes les catégories sociales et qui touche actuellement des tranches d’âges de plus en plus jeunes ainsi que d’autres phénomènes qui nourrissent la délinquances et qui sont en train d’alimenter la violence, que ce soit dans la rue, dans les stades, dans le milieux du travail, ou familial. Il insiste aussi sur l’urgence de lever le voile sur les conséquences des violences qui ont marqué les Algériens et les Algériennes au fer rouge durant la décennie noire en soulignant : «Nous avons mal géré les conséquences de la décennie noire où il y a eu beaucoup de violence. Certes, il y a eu beaucoup d’ouvrages d’historiens et de journalistes sur ce sujet, mais il n’y a pas eu de prise en charge réelle de l’impact psychologique, social, éducatif, économique et social, de toutes ces violences. Des situations accumulées pour lesquelles il n’y a pas eu d’accompagnement des familles dans les régions qui ont été meurtries».
Le Dr Lyes Merabet ajoute qu’il y a également une situation d’alerte engendrée par l’ampleur de la consommation de drogue et de stupéfiants. Je pense qu’il y a eu une sous-estimation des ravages de ces fléaux qui touchent aujourd’hui toutes les catégories sociales et toutes les tranches d’âges.
Il ajoute que face au phénomène de la violence qui prend de plus en plus d‘ampleur dans notre société, «il est temps de se pencher sérieusement sur ce phénomène en mettant en place des démarches et des actions avec la contribution de tous et un accompagnement réglementaire et une politique de l’Etat pour lutter efficacement contre ce phénomène». Il estime également qu’«il faudrait que ce soit l’objet d’un ordre du jour d’un Conseil des ministres dédié uniquement au phénomène de la violence de la société avec toutes ses ramifications mais aussi toutes ses actions».