Les audiences du procès en appel des affaires de montage automobile et de financement occulte de la campagne électorale pour la Présidentielle d’avril 2019 reprendront demain. Au 5e jour du procès, il a été question du réquisitoire du procureur de la République qui a prononcé un alourdissement des peines à l’encontre des prévenus.

C’est ainsi que le procureur général près la Cour d’Alger a requis des peines de 20 ans de prison ferme à l’encontre des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, assorties d’une amende d’un million de dinars avec confiscation de tous les biens saisis. C’est ainsi que lors de son réquisitoire, le procureur général a indiqué qu’Ahmed Ouyahia avait «monopolisé dans l’exercice de ses fonctions les prérogatives du Conseil national de l’investissement (CNI)». Il a précisé que «les enfants de Ouyahia ont exercé une activité commerciale sans que l’accusé n’en informe ses responsables hiérarchiques, tel que stipulé par la loi». Le procureur a aussi évoqué l’omission d’Ouyahia de «déclarer un compte bancaire ouvert auprès de l’agence BDL de Staouéli, avec un solde de près de 30 milliards de centimes versés de manière douteuse». Selon le Procureur général, le préjudice matériel causé par «ces pratiques s’élève, selon l’expertise judiciaire, à plus de 77 milliards de DA». S’agissant d’Abdelmalek Sellal, le procureur général a expliqué dans son réquisitoire que l’ancien Premier ministre avait recouru à «un cahier des charges sans fondement légal concernant l’activité de montage automobile». Le préjudice financier causé au Trésor est de l’ordre de 24 milliards de dinars. Selon le Procureur Sellal avait «abusé de ses fonctions en associant son fils, Farès, dans les activités d’importation de voitures de marque Mazda, puis dans le montage automobile». Sellal a tout autant «violé la loi régissant le déroulement de la campagne électorale en ouvrant deux comptes bancaires au profit de la campagne de l’ancien président et procédé à des dépôts en violation de la loi».

Lourds préjudices au Trésor public
S’agissant des deux ex-ministres de l’Industrie, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda, le procureur a requis une peine de 15 ans de prison ferme. Dans ce cadre, le procureur général a soutenu que «les indus avantages accordés par Bedda à certains hommes d’affaires en fonction d’un cahier des charges sans fondement légal ont entraîné des dégâts matériels dépassant les 8 millions de dinars». Aussi et à l’encontre de l’ancien ministre, Abdelghani Zaâlane, le procureur général a requis une peine de 10 ans de prison ferme pour des charges retenues contre lui au moment où il occupait le poste de Directeur de la campagne électorale de l’ancien président. La même peine a été requise à l’encontre de Nouria Zerhouni et des hommes d’affaires Mohamed Bairi, Ahmed Maâzouz, Ali Haddad et Hadj Malik Saïd. Aussi et s’agissant des hommes d’affaires Aboud Achour, Hassane Larbaoui et Farès Sellal, fils de l’ancien Premier ministre, et d’anciens cadres au ministère de l’Industrie, Hassiba Mokraoui et Tira Amine, le procureur a requis une peine de huit ans de prison ferme. De même que le Procureur général a requis cinq ans de prison à l’endroit du trésorier de la campagne électorale de l’ancien Président Bouteflika, et trois ans pour les frères Semmai. Leur peine est assortie d’amendes allant de 1 à 3 millions de dinars avec privation de leurs droits civils et politiques pour une durée de 5 ans.

«Les fils des responsables ont bénéficié d’avantages illégaux»
Lors de son réquisitoire, le Procureur général a regretté le fait que cette affaire ait révélé la «manière dont les fils de responsables bénéficiaient d’avantages de manière illégale, au moment où des dizaines de jeunes migrants clandestins risquaient leur vie». De leur côté, les avocats de la défense ne sont pas restés sans voix face aux réquisitoires du Procureur.
C’est ainsi que les avocats de l’ancien ministre Abdelghani Zaâlane ont rejeté tous les chefs d’inculpation assignés à son mandant, appelant à confirmer le jugement prononcé par le Tribunal de Sidi M’hamed portant son acquittement. De son côté, la défense de l’ancienne ministre et wali Nouria Yamina Zerhouni a réclamé l’acquittement de sa mandante. D’autres avocats de plusieurs accusés ont également demandé, dans leurs plaidoiries, de confirmer le jugement d’acquittement prononcé par le tribunal de première instance. Il s’agit des deux anciens cadres du ministère de l’Industrie et des Mines, Mokraoui Hassiba et Boudjmiaâ Karim, et les hommes d’affaires, Nemrod Abdelkader et les frères Semmai, en sus d’une demande d’acquittement et d’annulation de l’ancien jugement rendu à l’encontre de Chaid Hamoud, trésorier de la campagne électorale de l’ancien président Bouteflika, Hadj Malek Saïd, chauffeur de l’homme d’affaire Ali Haddad, et l’ancien président de la commission d’évaluation technique au ministère de l’Industrie, Mohammed Alouane. Par ailleurs, il est utile de souligner que le procès a été riche en rebondissements. Un de ses faits marquants est l’exigence de Sellal à voir l’ancien président Bouteflika comparaître devant la justice. «Il n’y avait ni justice, ni gouvernement, c’est lui qui décidait de tout», avait répondu Sellal quand le juge l’interrogeait sur ses chefs d’inculpation. L’autre élément remarquable est le fait que le frère conseiller Saïd Bouteflika a été cité par plusieurs hommes d’affaires comme étant l’instigateur du financement occulte de la campagne. L’autre responsable dont le nom a été cité est l’ancien ministre de l’industrie Abdesslam Bouchouareb lequel «faisait pression et exerçait un chantage sur les hommes d’affaires» ont fait observé plusieurs accusés. A suivre