Le jugement de l’affaire Tahkout, qui s’est ouvert pour rappel le 28 octobre dernier à la Cour d’Alger, a été marqué hier matin par le réquisitoire du Procureur général. Une très lourde peine de 18 ans de prison ferme ainsi que 8 millions de dinars d’amende ont été requis contre le principal accusé, l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout. Des peines de 12 années de prison ferme ont également été demandées à l’encontre des ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, alors que les anciens ministres, Youcef Yousfi, Ammar Ghoul et Abdelghani Zaalane risquent jusqu’à 10 ans de prison ferme. Les charges retenues dans cette affaire vont, pour rappel, de la «corruption» au «trafic d’intérêt» et à «l’abus de fonction».
En effet, le procès touche à sa fin, après avoir mis en avant les soupçons de la justice dans des dossiers tels que le «scandale» du montage automobile, la location d’autobus à l’Etusa, les marchés de transports des étudiants passés avec les œuvres universitaires, ou encore l’attribution de concessions agricole et industrielle à des membres de la famille Tahkout. L’aspect le plus important du dossier reste en ce sens les éventuels «liens d’intérêt» entre l’homme d’affaires et le pouvoir politique. Des «liens» que l’ensemble des accusés ont néanmoins niés – ou minimisés – ; Mahieddine Tahkout et les membres de sa famille affirmant tout au long du procès qu’ils ont toujours «suivi toutes les règles légales». Les anciens ministres expliquant pour leur part qu’ils n’avaient pas pour attribution de contrôler la légalité des dossiers d’investissement, une mission qui relevait, selon eux et dans le cadre de la politique du montage automobile, de la «commission d’évaluation technique». En ce sens, les avocats de l’ancien ministre Youcef Yousfi, entendus dans la matinée d’hier par le juge, ont demandé la «relaxe» pure et simple et l’abandon de toutes les charges contre leur client. L’un des avocats rencontrés en marge de l’audience nous explique : «Le fond du dossier serait que Youcef Yousfi aurait favorisé Mahieddine Tahkout dans le dossier du montage automobile. Or cela est totalement faux et n’a pas été prouvé.» Les avocats de l’ancien ministre de l’Industrie ont ainsi déclaré au juge que la fonction de Youcef Yousfi ne lui permettait pas de vérifier la légalité du dossier de Mahieddine Tahkout, la tâche reposant sur les épaules des structures du ministère dont la commission d’évaluation technique : «Il s’est appuyé sur l’avis de la commission d’évaluation technique (…) le ministre reçoit cet avis et la fiche de l’entreprise. A partir de là, la procédure lui dicte d’apposer sa signature.»
Les mêmes avocats de l’ancien ministre ont par ailleurs ajouté que Youcef Yousfi «ne pouvait être accusé» de favoritisme, «la liste des opérateurs était au départ limitée à 10, il a fait en sorte qu’elle soit ouverte à 40 (…) S’il avait voulu favoriser l’un d’eux, il aurait au contraire limité le nombre des opérateurs». Quant à «l’implication» de leur client en faveur de la très coûteuse politique de «montage automobile», la défense fait savoir qu’il s’agissait «d’une politique du gouvernement». Défendant l’action du ministre en ajoutant «la stratégie était d’encourager l’industrie automobile» en suivant les exemples d’autres pays «il n’y a aucune preuve, aucun élément qui laisserait à penser qu’il y a eu dilapidation de fonds publics».
Affaire «complexe» ou l’ensemble des accusés ont suivi une ligne de défense qui a consisté à pointer les limites de leurs attributions, le dossier Mahieddine Tahkout, jugé pour rappel en première instance par le Tribunal de Sidi M’hamed, avait abouti à la condamnation de l’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, à 2 ans de prison ferme.<