Ouvert jeudi au pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed, après un premier report accordé la semaine dernière «à la demande des avocats de la défense», le procès dit de l’affaire «Sonatrach 3» est immédiatement entré dans le vif du sujet, apportant un nouvel éclairage sur les soupçons de «corruption» ayant entaché le fonctionnement de l’entreprise.

Par Nadir Kadi
Les juges s’attardant plus précisément lors des premières audiences sur les supposées «dilapidations» d’argent public et «surfacturation» qui auraient été «couvertes» et rendues possible durant plusieurs années par l’intermédiaire de l’entreprise BRC.
Le dossier, qui retient les charges de «violation de la réglementation des marchés publics», «abus de fonction» ou encore «dilapidation de deniers publics», place pour rappel sur le banc des accusé près d’une trentaine de personnes, dont les anciens PDG de Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour et Mohammed Meziane aux côtés des ex-ministres Noureddine Bouterfa, Ammar Ghoul et Chakib Khelil, jugé par contumace.
Procès qui pose en effet une série de questions quant à la gestion de la Sonatrach sous la présidence Bouteflika. Le premier dossier ouvert par les juges concerne les conditions d’attribution d’une série de 13 marchés de gré à gré obtenus par l’entreprise BRC (Brown and Root Condor), filiale de Sonatrach créée avec la compagnie américaine de services pétroliers Halliburton ; des marchés passés vraisemblablement dans des conditions troubles, marquées par de nombreux retards et dépassements de budget. Et dans cette logique, les réponses de Mohammed Meziane puis d’Abdelmoumen Ould Kaddour ont laissé apparaître une gestion de la Sonatrach qui n’obéissait à aucune règle précise ; les deux anciens PDG ont tour à tour invoqué la complexité des chantiers pour expliquer les dépassements d’enveloppes budgétaires, leur position «d’exécutant des ordres de la tutelle» en réponse aux interrogations de la justices concernant des facturations extravagantes ou encore «l’ignorance» des faits en ce qui concernes le rôle de certains «intermédiaires».
Ainsi longuement questionné au sujet de la passation de contrats de «gré à gré» ainsi que sur les dépassements répétés des budgets initiaux, l’ex-PDG Abdelmoumen Ould Kaddour soutient que «les estimations et expertises faites par l’Inspection générale des finance ne sont pas des bases solides (…) Il faut prendre en compte les imprévus qui apparaissent lors des travaux pour expliquer les différences des montants entre le début et la fin des chantiers». Quant à son rôle dans l’attribution de financement pour des projets normalement indépendants de la Sonatrach, notamment la construction et l’aménagement du siège du ministère de l’Energie et des Mines, Abdelmoumen Ould Kaddour déclare : «Tout cela n’est pas de mon ressort, j’étais responsable de l’entreprise, quand on me dit de faire, je fais». Réponse étonnante, qui reporte toute la responsabilité sur les ex-ministres, le même accusé a par ailleurs expliqué que l’aménagement et l’ameublement du siège du ministère par l’intermédiaire de l’entreprise BRC avait suivi la même logique : «Quand les responsables vous demandent une chose, il est clair que l’on ne peut pas refuser (…) l’essentiel était de faire un travail de qualité».
L’accusation avait plus tôt mis en évidence des facturations plus que suspectes et notamment l’achat d’ustensiles de cuisine pour près de 3 millions d’euros ou encore un lot de sept fauteuils pour plus de 82 000 euros et une table à 5 500 euros.
Quant à Mohammed Meziane, également questionné sur ses responsabilités réels en tant que PDG, il laisse apparaître l’existence de pression de la part de son ministre de tutelle Chakib Khelil ou «d’intermédiaires» ; l’accusé expliquant face au tribunal qu’«il y avait des instructions d’en haut, soit de façon directe ou au travers d’intermédiaires et conseillers (…) El Hamech Mohamed Réda était l’intermédiaire entre le ministère et les entreprises de la Sonatrach, certaines instructions transitaient grâce à lui». En ce sens, Mohammed Meziane, qui répétera à plusieurs reprises «j’étais un exécutant», a invoqué également son innocence en laissant en substance apparaître son rôle limité, voire inexistant, dans la prise de décisions : «L’intermédiaire représentait la présidence et le ministère, il avait une immense l’influence et pouvait décider de qui occupe une fonction et qui est relevé de son poste.» <