Même si le réquisitoire du procureur de la République avait abouti à une demande d’emprisonnement de cinq années fermes pour le jeune Semmani Amazigh, les espoirs étaient permis quant à une relaxe pure et simple de ce dernier, ainsi que son compagnon d’infortune, Tanfiche Ameziane. Si ce dernier avait comparu mardi dernier libre, ce n’était pas le cas de son ami qui a été écroué et mis sous mandat de dépôt pour port de l’emblème amazigh comme principale accusation.

Relaxe, il y a eu, effectivement, mais uniquement pour Tanfiche Ameziane, car Semmani Amazigh écopera d’une année d’emprisonnement ferme. Le verdict a été rendu très tôt au tribunal de Ziadia, ce qui n’a pas permis à bon nombre d’activistes et de journalistes d’assister à la prononciation de la sentence. Un avocat constantinois du collectif de la défense, que nous avons joint après le verdict, n’arrivait pas à contenir sa colère face à ce qu’il qualifie de «parodie de procès contre un jeune que l’on veut à tout prix caser comme délinquant politique».
Plus mesuré et plus circonspect, Maître Djamel Benyoub commencera par affirmer sa «pleine adhésion à la justice algérienne indépendante et au respect de la sentence d’un tribunal souverain. Mais au vu des éléments contenus dans le dossier de Semmani, nous attendions plutôt que notre client soit relaxé. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. C’est pour toutes ces raisons, qu’après consultation du collectif des avocats et de la famille de l’accusé, nous avons décidé de faire appel devant la Cour de Constantine qui, je l’espère, n’aura pas d’autres décisions que la libération de Semmani, pour rester dans la révolution du sourire et les gestes d’apaisement de la part du pouvoir».
Nous apprendrons finalement que Semmani Amazigh n’a pas été condamné pour port de la bannière amazigh, mais pour profanation de l’emblème national. Sur le cellulaire de l’accusé, le Tribunal dira avoir trouvé une photo montrant le drapeau algérien foulé des pieds. Le visage de l’auteur de la profanation n’apparaîtra pas sur la photo, mais c’était suffisant pour condamner le propriétaire du téléphone, Semmani en l’occurrence. «Il y a un vice de forme, nous dira encore l’avocat constantinois. Il a été opéré à la saisie et la fouille du téléphone portable de l’accusé sans accord préalable du procureur. C’est un vice de forme, entre autres, sur lequel nous allons baser notre appel, car rien ne prouve que les pieds qui foulaient l’emblème national soient ceux de notre client». Maître Benyoub ira dans le sens de l’apaisement puisqu’il nous a déclaré que Semmani, au prétoire, «avait pris cette photo sur la toile pour la mettre sur son mur et s’élever contre la profanation du drapeau algérien par le biais de commentaires condamnant un tel acte».
L’appel sur la condamnation de Semmani Amarigh a été enregistré et la Cour de Constantine, dans une quinzaine de jours probablement, va de nouveau remettre sur le tapis l’affaire du jeune activiste bédjaoui.