Nul doute que l’attention des Algériens sera retenue aujourd’hui par ce qui se passe au tribunal militaire de Blida. En effet, c’est aujourd’hui que s’ouvre le procès en appel des anciens hauts responsables, que sont Saïd Bouteflika, l’ancien conseiller et frère de l’ancien-président, les généraux à la retraite Mohamed Mediène (dit Toufik) et Athmane Tartag (dit Bachir), ainsi que la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) Louisa Hanoune.

Ce procès en appel intervient après le premier, qui s’était tenu en septembre dernier, et à l’issue duquel le verdict prononcé était le même pour chacun des accusés. Ils ont tous les quatre écopé d’une peine de quinze ans de prison ferme et sont actuellement détenus à la prison militaire de Blida.
Lors du verdict, et avant la clôture de l’audience à l’issue du procès, le président du tribunal avait averti les condamnés, conformément à la loi, qu’ils avaient le droit d’interjeter l’appel de la sentence devant la juridiction prévue à cet effet, dans un délai de dix jours qui suivent le prononcé du jugement. Ce que les avocats ont assimilé à une seconde chance étant donné que cela pourrait contribuer à réduire les peines de leurs clients. Les avocats avaient alors estimé que les peines prononcées contre leurs clients étaient très lourdes.
Aussi bien le conseiller de l’ancien président que les généraux à la retraite, ou encore la cheffe du PT, sont poursuivis, rappelle-t-on, pour des «faits commis dans une enceinte militaire, la résidence Dar El Afia, et qualifiés par la loi de crimes de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité militaire et de complot contre l’autorité de l’Etat», selon le tribunal militaire de Blida. Ce sont des chefs d’inculpation prévus et réprimés respectivement par l’article 284 du code de la justice militaire et 78 du code pénal, selon les précisions du même tribunal.
Le jour du procès, Athmane Tartag, qui était coordinateur des services de sécurité à la présidence de la République au moment des faits, avait décidé de ne pas se présenter à son procès et était resté dans sa cellule. C’est un droit que lui confère la loi comme, d’ailleurs, le droit de garder le silence face au juge. Le général Tartag, ayant donc refusé d’assister à l’audience, le tribunal avait fait application des dispositions légales relatives au refus de l’accusé de comparaître. Pour sa part, le frère conseiller de l’ancien président de la République avait refusé de répondre aux questions du tribunal, avant de demander l’autorisation de quitter la salle d’audience. Il avait également usé du droit que lui confère la loi de garder le silence.
Seul Mohamed Mediène, et ce, même après un léger malaise, n’avait pas vu d’objection à répondre aux questions du juge. Cependant, durant sa comparution, le général Toufik avait fait une déclaration dans laquelle il évoquait «corruption et oligarchie». Cette même déclaration avait été lue devant la presse par son avocat, Me Lahcène Seriak. «Le complot réel et véritable qui me place devant vous en tant qu’accusé, aujourd’hui, vient de mes tentatives de lutte contre la corruption. Il vient de loin», a-t-il affirmé dans sa lettre, ajoutant avoir «lancé de multiples enquêtes sur de graves dossiers de corruption et de détournement, dès que j’ai constaté avec mes services le développement considérable de la corruption au sein de nos jeunes organisations financières et industrielles, atteignant l’ensemble des secteurs de la vie nationale économique et sociale. Un développement criminel oligarchique d’une corruption vite mélangée avec la politique et l’exercice des missions des pouvoirs publics, voire le fonctionnement de l’Etat». Pour le cas de Louisa Hanoune, son parti, aidé par plusieurs personnalités, ont mis en circulation, ces derniers jours, une pétition pour sa libération avec les autres détenus politiques, estimant qu’il n’y avait pas lieu de «faire l’amalgame avec le reste des détenus concernés par cette affaire». Dans cette même affaire, rappelle-t-on, ont été jugés et condamnés par contumace Khaled Nezzar, son fils Lotfi et Farid Benhamdine, président de la Société algérienne de pharmacie. La peine prononcée contre eux est de vingt ans de réclusion criminelle. La journée d’aujourd’hui verra également l’ouverture d’autres procès, mais pas au tribunal militaire de Blida. Ce sera à Alger, au tribunal de Sidi M’hamed. Il s’agit du procès d’une vingtaine de manifestants interpellés lors du 48e vendredi de mobilisation populaire à Alger. Ces manifestants avaient fait l’objet de comparution directe après 48 heures de garde à vue le 19 janvier dernier. Le juge d’instruction les avait alors remis en liberté provisoire et fixé une date pour leur procès. L’autre procès programmé en première instance pour aujourd’hui est celui de Fodil Boumala.