Par Nadir Kadi
De nouveau face aux juges du pôle financier du tribunal de Sidi M’hamed dans le cadre de l’affaire du financement, présumé frauduleux, de la chaîne de télévision privée «Istimraria», Saïd Bouteflika et Ali Haddad ont énergiquement rejeté l’ensemble des charges, tout en mettant en cause la pertinence de ce nouveau procès à leur encontre. Les auditions, qui se sont poursuivies dans la soirée de lundi, ont toutefois abouti à un réquisitoire très sévère, réclamant, contre les deux accusés des peines de «10 ans de prison ferme» en plus de la «confiscation de tous leurs biens et avoirs saisis par le juge d’instruction» et de cinq ans d’inéligibilité. Le verdict de cette affaire, qui retient entre autres des charges «d’abus de fonction», «trafic d’influence», «blanchiment d’argent» ou encore «non-déclaration et dissipation de biens et enrichissement illicite»… devrait être annoncé dans la journée du 6 juin prochain.
Procès, notamment marqué par une longue série de questions posées à Saïd Bouteflika ; la justice, qui lui reproche, en substance, d’être à l’origine de la création de la chaîne «Istimraria» en parallèle à la campagne électorale avortée de 2019, n’a toutefois obtenu que des réponses partielles : «Confrontez-moi avec des preuves. Si vous estimez que je suis coupable, condamnez-moi !», a estimé l’accusé principal. En ce sens, se montrant incisif et visiblement excédé par le nombre d’affaire auxquelles il fait face, il a estimé lundi que ces nouvelles charges contre lui n’avaient pas lieu d’être : «L’idée n’était pas de créer une chaîne de télévision mais une web-TV (…) et rien ne l’interdit. Nous sommes à l’ère du numérique (…) A ce jour, des responsables qui sont à des postes très sensibles l’ont fait et continuent à le faire. Pourquoi ne sont-ils pas ici ? Voulez-vous que je cite leurs noms ? Voulez-vous que je leur évite de dormir ?» Quant à ses «liens» avec le projet de la chaîne «Istimraria», et plus précisément le montant de 75 millions de dinars qui aurait été dépensé par Ali Haddad, pour l’importation des équipements nécessaires, Saïd Bouteflika souligne, en distinguant l’idée d’une Web-TV et le projet d’une chaîne de télévision : «Je n’ai jamais entendu ce nom (Istimraria) et je n’ai jamais discuté de cela avec le directeur de la communication, qui est Amara Benyounès». Le même accusé ajoutant dans cette logique que l’acquisition du matériel revenu à la chaîne «Istimraria» «a été faite avant même que le défunt Président ne décide de se porter candidat à l’élection de 2019. Ali Haddad avait même déclaré qu’il avait acheté ces équipements en 2018 pour monter une chaîne de télévision sportive».
Quant à la défense de l’accusé Ali Haddad, également poursuivi dans cette affaire pour «blanchiment d’argent», «financement occulte d’un parti politique» et «dissipation de biens», elle s’est, pour sa part, basée sur la mise en cause de la légitimité de la procédure. Ali Haddad rappelant en ce sens : «C’est la quatrième fois que je suis poursuivi pour ‘financement occulte’, avec Ahmed Mazouz, avec l’ETRHB, avec Hocine Metidji et maintenant avec Saïd Bouteflika (…) J’en ai marre ! Toutes mes réponses sont chez vous. Je suis fatigué. C’est trop. Je n’étais pas candidat aux élections. Je n’ai rien à ajouter». Les avocats de l’ancien homme d’affaires ajoutent en substance, lors de leurs plaidoiries, qu’un accusé ne peut être jugé plusieurs fois pour un même fait.