Condamné le 15 juillet dernier en première instance à 16 ans de prison ferme et 8 millions de dinars d’amende, le procès en appel de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout, qui devait débuter hier à la Cour d’Alger (Ruisseau), a finalement été reporté au 16 septembre prochain suite à la demande, en fin de semaine, des avocats de la défense.
Le prévenu, actuellement en détention à l’établissement carcéral de Babar (wilaya de Khenchela), est pour rappel poursuivi dans plusieurs affaires liées à la corruption. L’instruction du dossier en juillet dernier au Tribunal de Sidi M’Hamed avait également fait apparaître des liens d’intérêt entre Mahieddine Tahkout, propriétaire de Cima Motors et représentant de la marque automobile Hyundai, et deux anciens Premiers ministres et plusieurs ministres, notamment de l’Industrie, ainsi que d’ex-hauts cadres de l’Etat.
Le dossier Tahkout, mêlant le politique et l’économique, a vu pas moins d’une cinquantaine de prévenus entre proches de Mahieddine Tahkout et d’anciennes figures politiques de l’ère Bouteflika.
Le fond de l’affaire a, en effet, porté sur le conflit d’intérêt entre l’industriel et le pouvoir politique dans l’octroi des actes d’investissement, mais aussi dans les autorisations de transferts de fonds pour l’acquisition des kits de montage automobile, avec en filigrane un système de détournement de fonds publics couvert par des actes de corruption.
Des accusations que les deux anciens Premiers ministre Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal avaient rejetées en bloc, accusant implicitement l’ancien ministre de l’Industrie Abdeslam Bouchouareb «en fuite ». Le procès s’était en ce sens transformé en une accusation de l’ensemble de la politique « de l’industrie » de montage automobile initiée sous la présidence Bouteflika. Cette « politique de l’Etat » avait été notamment conduite par le Conseil national d’investissement (CNI) et l’Agence nationale du développement de l’investissement (Andi), avait rappelé Ahmed Ouyahia lors de son audition le 1er juillet dernier ; en ajoutant également pour sa défense que les facilités, avantages fiscaux et autres prix préférentiels pour le droit de douane, dont avaient bénéficié les opérateurs de l’industrie automobile, avaient été accordés en « fonction de la loi ». Une ligne de défense qui n’avait toutefois pas convaincu la Cour. De très lourdes peines avaient été prononcées le 15 juillet en première instance. Ainsi, en plus de la condamnation de Mahieddine Tahkout, les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal avaient écopé dans cette affaire des peines de 10 ans de prison ferme et 500 000 DA d’amende chacun, alors que l’ancien ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb a été condamné à une peine de 20 ans de prison ferme assortie d’une amende de deux millions de dinars. L’ancien ministre de l’Industrie Youcef Yousfi et l’ancien wali de Skikda Faouzi Belhocine ont, eux, été condamnés à 2 ans d’emprisonnement ferme. L’ancien ministre des Travaux publics Amar Ghoul à 3 ans de prison ferme, tandis que l’ancien ministre des Travaux publics et des Transports Abdelghani Zaalane a été acquitté des charges retenues contre lui.
Il avait été également réclamé l’indemnisation du Trésor public à hauteur de 309 milliard de dinars, comme il a été décidé la confiscation des biens de l’ex-homme d’affaire biens et l’exclusion de toute participation à un marché public durant 5 ans.