Le deuxième jour du procès des frères Kouninef – Réda, Abdelkader-Karim et Tarek-Noah – s’est poursuivi jeudi au Tribunal Sidi M’hamed avec l’audition des personnes en liberté, impliquées dans des affaires liées essentiellement à la corruption.

Ainsi après avoir entendu les principaux accusés mercredi dernier, c’était au tour de responsables centraux et régionaux, et autres gérants des agences relevant de différents départements ministériels avec lesquels le groupe KouGC avait obtenu des marchés pour la réalisation de plusieurs projets relevant du domaine industriel d’être entendus notamment sur les deux projets inachevés des parcs industriels de Ain Oussara (Djelfa) et de Ksar El Boukhari (Médéa).
Une séance à travers laquelle ont été révélées de grosses sommes d’argent dont avait bénéficié le groupe Kouninef sans que les projets pour lesquels il a été engagé ne soient exécutés.
L’argent accordé au groupe KouGC, appartenant aux frères Kouninef, est de l’ordre de 9 milliards de dinars concernant des parcs industriels de Aïn Oussara (Djelfa) et de Ksar El Boukhari (Médéa).
L’accusation a entraîné des responsables centraux et régionaux et autres gérants d’agences relevant de différents départements ministériels avec lesquels le groupe KouGC avait obtenu des marchés pour la réalisation de plusieurs projets relevant du domaine industriel.
Ils étaient auditionnés notamment sur les «changements» constatés au niveau des clauses dans certains marchés conclus et des contrats signés, dont la modification des coûts et des délais de réalisation des projets, comme ceux prévus dans les espaces industriels appartenant au groupe à Aïn Ouassara et Ksar El Boukhari.
Parmi les auditionnés du deuxième jour du procès figurent des responsables de l’Agence nationale d’intermédiation et de régulation foncière (Aniref). A l’adresse de Adel Mekahlia, Directeur régional, la juge a fait observer que les deux marchés ont été accordés au groupe Kouninef en «un temps très court», l’interrogeant sur les raisons qui ont fait que le marché a été attribué en 48 heures et surtout sans passer par le bureau d’études. «C’est la procédure que nous poursuivons en cas d’absence de concurrents», a répondu le responsable de l’Aniref.
La juge rebondit en relevant que «les engagements contractuels n’ont pas été respectés par le groupe Kouninef qui a enregistré beaucoup de retard dans la réalisation des deux projets».
Raison selon elle de demander si des mises en demeure ont été envoyées à l’entreprise. «Avez-vous envoyé des mises en demeure ?», a demandé la juge. «Nous n’avons pas la prérogative d’envoyer des mises en demeure, mais nous avons envoyé des rapports à la Direction générale de l’Aniref soulignant les dépassements de délais», a réagi M. Mekahlia. Pour sa part, Leïla Benaï, directrice régionale à l’Aniref, a tenté de se défendre en déclarant avoir alerté pendant neuf mois le Directeur général sur les retards constatés dans l’exécution des projets. «Le Directeur général m’a dit de ne plus lui envoyer d’alertes. Seul le Directeur général a l’autorité d’intervenir et de mettre fin aux dépassements de délais», a-t-elle révélé, risquant d’enfoncer davantage le premier responsable de l’Aniref.
«Mais qu’avez-vous gagné en gardant le silence?», lui demande la juge. «J’ai bénéficié de promotions dans mon travail», a-t-elle répondu.
Les frères Réda, Abdelkader-Karim et Tarek-Noah Kouninef avaient été placés le 24 avril 2019 sous mandat de dépôt. Ils sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation dont «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages», «détournement de fonciers et de concessions», et «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics».
Au premier jour du procès, mercredi, les accusés ont rejeté les chefs d’inculpations pour lesquels ils sont poursuivis. Ils ont reconnu avoir consacré une somme de 4 milliards de centimes pour financer la campagne électorale pour un 4e mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika, mais nié que cette somme soit retirée du Fonds national d’investissement, affirmant que «cet argent n’était qu’un prêt interne au sein du groupe».
Le procès concerne aussi dix prévenus en liberté, essentiellement des cadres des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Hydraulique, de l’Energie et des Télécommunications ainsi que d’autres secteurs où le groupe KouGC avait obtenu des marchés. n