Le procès en appel du journaliste Khaled Drareni a tenu en haleine toute la journée d’hier les présents au niveau de la cour d’Alger (Ruisseau) notamment après la réquisition d’une peine de 4 ans de prison ferme, soit une peine plus lourde que celle prononcée lors du procès en première instance au niveau du parquet de Sidi M’hamed.

Journalistes, militants politiques et associatifs, anciens détenus (Karim Tabbou et Lakhdar Bouregaâ notamment) et anonymes venus apporter leur solidarité au détenu ont dû s’armer de patience jusqu’à une heure tardive de la journée.
Leur moral, en dépit du lourd réquisitoire, a été cependant galvanisé et revigoré par la combativité dont a fait preuve le journaliste dans ses réponses au juge.
« Est-ce que l’exercice du travail de presse porte atteinte à l’unité nationale ? », «je suis là parce que j’ai couvert le Hirak en toute indépendance », « depuis le premier jour, je n’ai fait que mon métier de journaliste », étaient les réponses du journaliste arrivé vers midi sur les lieux à partir de Koléa.
Dans les plaidoiries, l’avocat Abdelghani Badi a soutenu que « la sécurité judiciaire de l’Algérie est danger », alors que l’avocate Nabila Smail a pointé du doigt « un procès fabriqué » regrettant cette tendance chez les magistrats à « prononcer des jugements qui ne sont pas conformes aux faits ».
Par ailleurs, le procureur a requis la même peine contre les deux autres prévenus, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche qui avaient pourtant bénéficié d’une libération provisoire le 3 août dernier contrairement à Khaled Drareni, et ce, pour les mêmes chefs d’inculpation.
Un rassemblement, le troisième du genre, en solidarité avec le journaliste Khaled Drareni, a été organisé lundi, à la maison de la presse Tahar Djaout à Alger, soit la veille de ce procès en appel, pour réclamer la libération du détenu mis en prison depuis plus de cinq mois.
Divers slogans ont été scandés comme «Khaled Drareni est un journaliste libre», «Khaled Drareni n’est pas un khabardji», «libérez Drareni» et d’autres mots d’ordre criés ou affichés sur les nombreuses pancartes brandies à l’intérieur de la Maison de la presse en appui à la cause du confrère emprisonné.
Il faut rappeler que la condamnation de Khaled Drareni à 3 ans de prison ferme a suscité une vague d’indignation auprès des professionnels de la presse et d’autres pans de la société qui ne cessent depuis d’exprimer leur solidarité au détenu qui bénéficie également des signes de soutien émanant de l’étranger notamment de la part des médias et des organisations du secteur.
Arrêtés le 7 mars lors d’une marche à Alger et présentés le 10 du même mois devant le juge, le journaliste Drareni a été mis sous contrôle judiciaires et les deux militants Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche placés en détention provisoire.
Par la suite et en date du 28 mars, le contrôle judiciaire de Khaled Drareni a été annulé en appel pour le placer en détention provisoire, jusqu’au 10 aout qui a vu le tribunal de Sidi M’hamed prononcer le verdict condamnant Drareni à 3 ans de prison ferme. Arrêtés dans les mêmes circonstances, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche avaient été mis en liberté provisoire le 2 juillet dernier tandis que Khaled Drareni a été maintenu en détention, un traitement qu’ont dénoncé les avocats du journaliste qui ont évoqué une « décision arbitraire et politique ».
Au cours de l’instruction comme lors du procès qui s’est déroulé en visioconférence à cause de la pandémie du coronavirus, le journaliste a constamment défendu l’idée qu’il n’a fait qu’exercer son métier « en couvrant les manifestations publiques, mais également celles organisées en faveur du pouvoir ».
Hier à la cour d’Alger, les journalistes venus couvrir le déroulement du procès en appel de Drareni ont été empêchés d’accomplir leur travail.
« Les journalistes ont été empêchés de couvrir le procès. Au départ, ils ont trouvé la parade d’exiger l’ordre de mission. Une fois ce document ramené, c’est l’empêchent carrément », s’est indigné le journaliste Karim Aimeur du Soir d’Algérie.