La Cour Suprême statuera, le 25 février, sur le dossier du journaliste détenu Khaled Drareni, ont annoncé hier ses avocats. Le journaliste a été condamné, le 15 septembre dernier, à la lourde peine de 2 ans de prison ferme, un verdict qui a suscité l’indignation dans le milieu de la presse et la solidarité parmi les acteurs politiques et associatifs.

Pour sa part, le collectif d’avocats qui a pris en charge la défense du journaliste a introduit un pourvoi en cassation, dont la présente réponse de la Cour suprême ouvre la voie à une éventuelle libération du détenu. «Nous allons évidemment faire appel de ce jugement très sévère. Les poursuites étaient infondées aussi bien pour Hamitouche, Benlarbi que pour Drareni. Pour les deux premiers, leur seul tort est d’avoir été présent à une manifestation parmi des milliers de personnes. Drareni n’a fait que couvrir la manifestation en tant que journaliste», a regretté un avocat.
«Le concept d’attroupement est mis en avant pour ne pas leur reprocher le droit de manifester, et l’atteinte à l’intégrité du territoire national est une infraction politique, d’ailleurs contraire au principe constitutionnel de légalité qui consiste à définir une infraction de manière précise pour éviter toute interprétation élastique et abusive», a expliqué l’avocat.
«Dans le cas de Drareni, on ne lui a pas appliqué la loi organique sur l’information, car tous les faits qu’on lui reproche sont régis par cette dernière qui, au demeurant, le protège et ne prévoit aucune sanction pénale. On a contourné la loi sur l’information pour lui appliquer le code pénal. Nous continuerons nos plaidoyers jusqu’à sa libération», a fait remarquer l’avocat.
Arrêtés le 7 mars lors d’une marche à Alger et présentés le 10 du même mois devant le juge, le journaliste Drareni a été mis sous contrôle judiciaire avec deux militants, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, placés en détention provisoire. Par la suite, et en date du 28 mars, le contrôle judiciaire de Khaled Drareni a été annulé en appel pour le placer en détention provisoire, jusqu’au 10 août, qui a vu le Tribunal de Sidi M’hamed prononcer le verdict condamnant Drareni à 3 ans de prison ferme. Arrêtés dans les mêmes circonstances, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche avaient été mis en liberté provisoire, le 2 juillet dernier, tandis que Khaled Drareni a été maintenu en détention, un traitement qu’ont dénoncé les avocats du journaliste qui ont évoqué une «décision arbitraire et politique».
Au cours de l’instruction, comme lors du procès, qui s’est déroulé en visioconférence à cause de la pandémie du coronavirus, le journaliste a constamment défendu l’idée qu’il n’a fait qu’exercer son métier «en couvrant les manifestations publiques, mais également celles organisées en faveur du pouvoir».
Les quatre semaines ayant précédé l’annonce du verdict, une série de rassemblements ont été organisés à la Maison de la presse Tahar-Djaout en présence notamment de journalistes et d’avocats. «Khaled Drareni est un journaliste libre», «Khaled Drareni n’est pas un khabardji», «libérez Drareni», sont les mots d’ordre scandés lors de ces actions qui se sont poursuivies même après le verdict prononcé le 15 septembre contre le journaliste pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l’unité nationale».<