L’Algérie a condamné le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tout en exprimant sa « conviction » que la justice saoudienne « saura faire la lumière sur cette affaire ». Lors d’une déclaration, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif, a tenu à exprimer la condamnation de ce meurtre qui avait choqué l’opinion mondiale et mis dans l’embarras l’Arabie saoudite face à ses partenaires occidentaux.

Cette déclaration officielle de l’Algérie est la première réaction concernant cette affaire devenue un véritable scandale d’Etat international depuis l’assassinat du journaliste à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul en Turquie. Les conséquences terribles de son exécution ont donné à cette affaire de véritables allures de fiction d’espionnage sauf qu’il s’agissait de la réalité. Le porte-parole du MAE a tenu à préciser néanmoins que l’Algérie « est liée à l’Arabie Saoudite par des relations étroites de fraternité, de coopération » et « partage avec elle un destin commun » dans un but évident d’équilibrer sa position face à un Etat saoudien qui reste d’un poids géopolitique évident malgré sa fragilisation dans l’affaire Khashoggi. L’Algérie a tenu, à cet effet, à exprimer sa conviction que « la justice saoudienne saura faire toute la lumière sur ce meurtre » qui avait défrayé la chronique et que plusieurs pays dont la Turquie, lieu du meurtre « crapuleux », tente d’en tirer des dividendes. « L’Algérie a pris connaissance des éléments de l’enquête menée par la justice saoudienne concernant le meurtre du citoyen saoudien Jamal Khashoggi, tels que rendus publics par le Procureur Général du Royaume d’Arabie Saoudite, le 16 novembre dernier », a noté le porte-parole du MAE. Il ajoutera que l’Algérie, qui condamne avec la « plus grande vigueur l’horrible assassinat du citoyen saoudien, prend acte des conclusions auxquelles est parvenue la justice saoudienne concernant les circonstances de la perpétration du crime et l’identité de ceux qui l’ont ordonné et exécuté ». Alger, on le voit, veut rester à distance d’une affaire ultramédiatisée et aux ramifications encore non clarifiées. L’avenir de MBS comme prince héritier reste, pour beaucoup d’observateurs de la scène saoudienne, sérieusement remis en cause.
Une visite embarrassante
Justement, la visite à Alger annoncée par les médias saoudiens pour le 6 décembre prochain du controversé prince héritier semble avoir poussé les Affaires étrangère à enlever tout ambiguïté sur la question. On se demande si la condamnation officielle de l’Etat était prévue sans cette visite impromptue qui intervient dans un contexte particulièrement mal venu. MBS fait l’objet de rejet d’une grande partie de l’opinion internationale, dont l’Algérie. Le ton exprime un tant soit peu l’embarras des autorités face à une visite qui semble arriver dans un mauvais moment. Mohammed Ben Salman devrait entamer une tournée qui le mènerait dans plusieurs pays arabes dont l’Algérie et la Tunisie et aussi une participation au G8 qui se déroulera le 30 novembre en Argentine. Cette visite continue de susciter la controverse tant elle provoque le débat. Le MSP est le premier parti à réagir à cette visite non encore annoncée officiellement. Son président Abderrazak Makri a exprimé sa désapprobation à la visite de MBS. Il a rappelé que le prince héritier saoudien est responsable de la « la mort d’enfants et de civils au Yémen, de l’emprisonnement de beaucoup de prédicateurs, de juristes et d’hommes de culture au Royaume et, dernière en date, l’assassinat ‘daechien’ de Jamel Khashoggi ». « En vérité, accueillir le prince héritier durant cette période n’est favorable ni à l’image de l’Algérie, ni à sa réputation », a noté le chef du MSP, rappelant que MBS a répondu à la demande du président américain Donald Trump de faire baisser les prix du pétrole au risque de faire «précipiter l’Algérie» dans la crise.