L’affaire du migrant algérien mort dans des circonstances obscures dans un centre de rétention en Espagne a connu entre les journées de jeudi dernier et d’hier des développements nouveaux. Après que la famille du défunt eut été reçue par le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, mardi dernier, le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a déclaré jeudi d’après que le parquet algérien a ouvert une enquête sur la mort suspecte de Mohammed Bouderbala.

«Le parquet algérien a ouvert une enquête afin d’élucider les circonstances de la mort suspecte d’un ressortissant algérien en Espagne», a dit M. Louh, cité par l’agence de presse APS. «Les autorités espagnoles ont enquêté sur les circonstances mystérieuses de ce décès. L’Algérie a ouvert à son tour une enquête», a-t-il déclaré. Le magistrat en charge de l’enquête «va délivrer (aux autorités espagnoles) une commission rogatoire», a-t-il en outre ajouté à la télévision publique, l’EPTV. Selon un responsable au ministère de la Justice, cette démarche va permettre au magistrat de demander aux autorités espagnoles de faire le nécessaire pour déterminer les causes exactes de la mort de Mohamed Bouderbala, 36 ans, le 29 décembre dernier, dans sa cellule à Archidona en Andalousie, dans le sud de l’Espagne. La police espagnole avait affirmé que l’autopsie avait révélé que le migrant algérien était mort «après s’être pendu à l’aide d’un drap». Mais son frère, Ahmed Bouderbala, a ensuite indiqué que Mohammed n’était pas suicidaire. Hier, vendredi l’avocate de la famille, Amanda Romero, a critiqué la «rapidité» avec laquelle la justice espagnole a classé l’affaire en concluant à un suicide.
Selon l’AFP, le juge qui s’est occupé de l’affaire a écrit dans sa décision que personne n’est entré dans la cellule de Mohamed Bouderbala, selon les images des caméras de surveillance. L’avocate de la famille, Maître Romero, a affirmé quant à elle sur les ondes de la chaine radio Cadena Ser qu’ elle «n’a pas eu accès aux images des caméras de sécurité et ce qui est contenu dans les procédures est un rapport préliminaire …» Cela exclut la présence de témoins ou d’autres personnes qui auraient pu être impliquées dans sa mort, a-t-elle ajouté en s’étonnant de «la rapidité avec laquelle le juge d’instruction a décidé de classer l’affaire». «C’est t pour le moins surprenant», a-t-elle estimé. L’avocate assure que deux témoins «pourraient contredire les versions officielles», Selon Romero, les deux témoins qui ont été identifiés restent toujours à la prison d’Archidona en affirmant que ces deux témoins sont toujours à la prison d’Archidona . Mohamed Bouderbala avait été placé à l’isolement pendant quelque 18 heures avant d’être retrouvé mort, selon un document judiciaire et l’avocate de sa famille. Selon Amanda Romero, le tribunal n’a interrogé aucun témoin, se basant uniquement sur les images des caméras de surveillance, l’autopsie et le rapport de police. Et même si les preuves concluaient effectivement au suicide, «cela ne signifierait pas forcément qu’il n’y a aucune responsabilité pénale, car nous parlons d’une personne qui était privée de liberté et sous protection policière», a-t-elle encore indiqué. Archidona où sont retenus 500 migrants algériens selon les médias espagnols est une prison que les autorités espagnoles utilisent comme un centre de rétention d’étrangers. Cet établissement où les migrants sont retenus en attendant l’examen de leur demande d’asile, a fait polémique en Espagne, un pays régulièrement accusé par des ONG de bafouer les droits des migrants. Selon des avocats et militants des droits de l’Homme, les étrangers y sont retenus dans des cellules la nuit, alors qu’ils devraient pouvoir se déplacer librement dans le centre, et sont surveillés par des policiers anti-émeutes.