PAR NAZIM B.
L’instruction dans l’affaire du journaliste correspondant de Liberté à Tamanrasset, Rabah Karèche, en détention provisoire depuis plus de deux mois, va se poursuivre, selon la décision rendue publique hier par la chambre d’accusation de la Cour de la même ville.
Cette décision fait suite à l’appel introduit par le procureur de la République contre le renvoi de l’affaire devant le Tribunal correctionnel prononcé le 23 juin. Autrement dit, la comparution du journaliste n’aura pas lieu le 17 juillet prochain tel que le suggérait jusque-là le renvoi initial du dossier devant le Tribunal correctionnel. Les avocats du journaliste détenu ont regretté cette évolution qui retardera la comparution du détenu, poursuivi pour «création d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société», «diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public» et «l’usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et l’unité nationale».
Le correspondant du quotidien Liberté à Tamanrasset se trouve en prison depuis sa mise en détention le 19 avril dernier, après son arrestation la veille. La demande de liberté provisoire que son avocat avait introduite au lendemain de son incarcération a été rejetée le 27 du même mois par la Cour de Tamanrasset.
En réaction aux chefs d’inculpation retenus contre lui et au maintien de la détention provisoire du journaliste, ses avocats avaient réagi pour affirmer que Karèche n’a fait que son travail et de manière professionnelle». Plusieurs actions de solidarité ont eu lieu avec le correspondant de Liberté depuis sa mise sous mandat de dépôt, dont le sit-in organisé le 3 mai dernier à la place de la Liberté de la presse à Alger, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la presse.
Avant-hier, c’est son collectif d’avocats qui a organisé une conférence de presse pour annoncer officiellement la création d’un comité de soutien et le lancement d’une pétition afin de réclamer sa libération et l’accélération de la procédure judiciaire, tout en dénonçant «les dépassements enregistrés dans son dossier». Le comité a relevé, à cette occasion, que le journaliste est «officiellement accusé de diffusion de fausses nouvelles, nuisibles à l’ordre public, d’avoir porté atteinte à la sécurité et à l’unité nationale ainsi que d’avoir utilisé un compte électronique pour diffuser des informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société. Mais concrètement, Rabah Karèche n’a fait qu’exercer son métier de journaliste».
Ses avocats ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un «usage arbitraire de la détention provisoire contre les journalistes et les détenus d’opinion». L’avocat et militant des droits de l’homme Maître Saïd Zahi a pointé, dans ce sens, «les disparités entre la Constitution elle-même et l’application des lois sur le terrain». Il a également posé la problématique des chefs d’inculpation dont le journaliste est accusé, estimant que «le journaliste Rabah Karèche a soulevé une question pour éviter de tomber dans des problèmes encore plus graves, contrairement à ce qui a été retenu contre lui comme chef d’inculpation».