Poursuivis dans la cadre de l’affaire dite «groupe agroalimentaire Benamor», les anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia ont été condamnés, hier, à respectivement 5 et 4 ans de prison ferme, en plus d’une amende d’un million de dinars chacun et du versement de 100 000 dinars de compensation au Trésor public.

Par Nadir Kadi
Le verdict du pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed, qui juge l’affaire depuis le 23 mars dernier, et qui a, par ailleurs, condamné l’ancien ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa à «deux ans de prison ferme, assortis d’une amende d’un million de d’amende», apparaît légèrement plus «clément» que les demandes du procureur de la République allant jusqu’à 10 ans de prison pour les ex-responsables politiques. La justice, qui a retenu contre Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia des chefs d’accusation allant de «dilapidation de deniers publics» à «abus de fonction aux fins d’octroi d’indus avantages», reproche aux trois frères Benamor des faits de «blanchiment d’argent et d’abus de fonction». En ce sens, Mohamed Laïd Benamor, copropriétaire du groupe, a été condamné à «8 ans de prison ferme assortis d’une amende de 8 millions de dinars», tandis que Mohamed El Hadi Benamor a été condamné à «7 ans de prison ferme assortis de 8 millions de dinars d’amende». Ali Sami Benamor, également copropriétaire du groupe industriel, a pour sa part été condamné à «5 ans de prison ferme» et 8 millions de dinars d’amende. Par ailleurs, les trois frères Benamor et l’ensemble de personnes morales poursuivies par la justice ont été également condamnés, hier, à verser «plus de 3 milliards de dinars» au Trésor public ; les juges ont également ordonné la saisie des «biens immobiliers, des avoirs et des comptes bancaires de tous les accusés». Quant aux faits reprochés par la justice, il s’est principalement agi durant le procès de la gestion des importations de blé, mais surtout des «critères» ayant défini la distribution de la denrée aux entreprises privées et publiques, dont le groupe Benamor. Ainsi, il est apparu, selon les déclarations de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, que son gouvernement dans le contexte des émeutes de 2011, avait décidé d’outrepasser la décision du Conseil national de l’investissement visant à geler l’activité des moulins à cause de la «saturation» du marché. Un recours, jugé «abusif», aux importations pour l’accusation, mais que l’ancien Premier ministre a toutefois justifié par une volonté de garantir une surabondance sur les marchés et assurer une certaine «stabilité sociale» : «… Nous avons cherché à éteindre la flamme qui a éclaté en janvier 2011 à l’intérieur du pays et à fortifier l’Algérie (…) Les rapports de sécurité parvenaient au gouvernement faisant état de signes d’une nouvelle crise liée au pain, au blé et à la semoule. Ce qui a conduit le Conseil ministériel, du 8 janvier 2011, à lancer une correspondance au ministre de l’Agriculture, qui a décidé d’augmenter l’offre pour les moulins privés de 50 à 60% de leur capacité, et pour les moulins publics de 50 à 100 %, afin d’annuler l’argument de la pénurie de blé et d’assurer l’approvisionnement du marché». Et dans cette logique, mais visiblement sans avoir réussi à convaincre les juges, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, avait également réfuté toute les accusations de malversation ou de favoritisme au profit du groupe des frères Benamor au détriment, notamment, des moulins appartenant à l’Etat : «Dans les lois de la République (…) il n’y a pas de différence entre le secteur public et le secteur privé (…) Les institutions publiques et privées appartiennent à l’Etat algérien (…) Même les institutions privées sont considérées comme un investissement pour l’Algérie et mon rôle est de faire avancer les choses pour le mieux». n