Par Nadir Kadi
Les ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, poursuivis pour plusieurs chefs d’accusation liés à la «corruption», dans l’affaire dite du groupe agroalimentaire Benamor, risquent de nouvelles peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison ferme. Le procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed a, en effet, requis hier «dix ans de prison ferme assortie d’une amende de deux millions de dinars» à leur encontre. Les autres accusés dans cette affaire, jugée depuis le 23 mars dernier, risquent quant à eux des peines de 2 à 10 ans de prison.
Dossier qui retient, pour rappel, les charges de « dilapidation de deniers publics», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages» et «exploitation illégale de terres agricoles». Le déroulement du procès, ouvert après une série de reports à cause notamment de l’absence de l’accusé Abdelmalek Sellal «pour raison de santé», a rapidement porté sur la gestion des importations de blé, mais surtout sur les «critères» régissant sa distribution aux entreprises privées et publiques, dont le groupe Benamor.
A ce titre, alors que le Conseil national de l’investissement avait gelé l’activité des moulins à cause de la «saturation» du marché, les déclarations de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia laissent entrevoir que le gouvernement de l’époque avait décidé d’outrepasser cette mesure. Le recours, jugé «abusif», aux importations qui a suivi, aurait eu pour but de garantir une surabondance sur les marchés et assurer une certaine stabilité sociale dans le contexte des émeutes de 2011. En effet, appelé à la barre, l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia précise que sa politique n’a jamais favorisé une entreprise au détriment d’une autre. Dans «les lois de la République (…) il n’y a pas de différence entre le secteur public et le secteur privé (…) Les institutions publiques et privées appartiennent à l’Etat algérien (…) Même les institutions privées sont considérées comme un investissement pour l’Algérie et mon rôle est de faire avancer les choses pour le mieux». Quant à l’attribution de quotas supplémentaires de blé alors que le marché était déjà approvisionné, Ahmed Ouyahia met en avant la situation exceptionnelle de l’époque : «… Nous avons cherché à éteindre la flamme qui a éclaté en janvier 2011 à l’intérieur du pays et à fortifier l’Algérie (…) Les rapports de sécurité parvenaient au gouvernement faisant état de signes d’une nouvelle crise liée au pain, au blé et à la semoule. Ce qui a conduit le Conseil ministériel, du 8 janvier 2011, à lancer une correspondance au ministre de l’Agriculture, qui a décidé d’augmenter l’offre pour les moulins privés de 50 à 60% de leur capacité, et pour les moulins publics de 50 à 100%, afin d’annuler l’argument de la pénurie de blé et d’assurer l’approvisionnement du marché». Argumentation de défense qui devra être étudiée par les juges, la date du verdict reste pour l’heure non confirmée. Par ailleurs, le Tribunal Sidi M’hamed, et au-delà des dossiers des ex-Premiers ministres, devra également se prononcer sur le rôle joué par plusieurs ex-cadres de l’Etat. Le procureur a en ce sens demandé, hier, des peines entre 2 et 6 ans de prison contre plusieurs ex-responsables. L’ancien ministre de l’Agriculture Rachid Benaïssa, en poste entre 2008 et 2013, risque pour sa part «6 ans de prison ferme assortie d’une amende de 2 millions de dinars». Quant aux hommes d’affaires, considérés comme les bénéficiaires des avantages indus, ils risquent des peines particulièrement lourdes.
Le procureur a, en effet, requis à l’encontre des propriétaires du groupe, une peine de «dix ans de prison ferme assortie d’une amende de huit millions de dinars» à Laïd et El-Hadi Benamor, quant à Sami Benamor, il risque pour sa part une peine de «huit ans de prison ferme», selon le même procureur qui demandé également une amende de «32 millions de dinars à l’encontre des sociétés incriminées». n