Par Nadir Kadi
Poursuivis dans le cadre du dossier du «financement occulte» de la campagne électorale avortée de 2019, Saïd Bouteflika et Ali Haddad ont, respectivement, été condamnés hier par le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed, à des peines de 8 et 4 ans de prison ferme.
Le procès, en délibéré depuis le 31 mai dernier, après avoir débattu durant près d’une semaine des charges «d’abus de fonction», «trafic d’influence», «blanchiment d’argent» ou encore «non-déclaration, dissipation de biens et enrichissement illicite», a, par ailleurs, abouti à l’acquittement d’Ali Haddad du chef d’accusation de «financement occulte» de la Présidentielle annulée d’avril 2019.
L’accusé Saïd Bouteflika, aujourd’hui âgé de 64 ans, qui occupait le poste de conseiller de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika au moment des faits, apparaît aux yeux de la justice comme le principal responsable et ordonnateur dans l’affaire du «financement occulte» puisque le verdict prend très largement en compte les arguments du procureur de la République, qui avait réclamé des peines de pas moins de 10 ans de prison ferme contre les deux accusés. Le frère de l’ancien Président de la République, également condamné hier à verser au Trésor public la somme de «3 millions de dinars», avait pourtant clamé son innocence lors de chaque passage à la barre, estimant qu’aucune preuve n’avait été présentée contre lui. «Confrontez-moi à des preuves. Si vous estimez que je suis coupable, condamnez-moi !», avait notamment lancé Saïd Bouteflika, visiblement excédé par le nombre d’affaires auxquelles il fait face depuis 2019.
Quant au fond du «dossier», il s’agit notamment de la question du financement du projet de la chaîne de télévision privée «Istimraria» visant à accompagner la campagne du cinquième mandat du défunt candidat Abdelaziz Bouteflika. A ce titre, bien que la procédure ait mis en avant qu’un montant de 75 millions de dinars aurait été dépensé par Ali Haddad, pour l’importation des équipements nécessaire, Saïd Bouteflika a réfuté tout lien ou ordre de sa part : «Je n’ai jamais entendu ce nom (Istimraria) et je n’ai jamais discuté de cela avec le directeur de la communication, qui est Amara Benyounès». Ajoutant plus loin que le projet de l’équipe de campagne n’était pas de «créer une chaîne de télévision mais une web-TV (…) rien ne l’interdit.

Nous sommes à l’ère du numérique».
Quant à la condamnation dans cette affaire de l’ex-homme d’affaires et président de l’ancien Forum des chefs d’entreprise (FCE), elle fait suite à la confirmation par la justice des charges de blanchiment d’argent, trafic d’influence et non-déclaration de biens, selon l’APS. L’accusation de «financement occulte» de la Présidentielle, finalement annulée par les juges, avait quant à elle été énergiquement refusée par l’accusé et ses avocats, ces derniers faisant notamment valoir que leur client ne pouvait être jugé plusieurs fois pour un même fait. Ali Haddad ajoutant lui-même : «C’est la quatrième fois que je suis poursuivi pour ‘financement occulte’, avec Ahmed Mazouz, avec l’ETRHB, avec Hocine Metidji et maintenant avec Saïd Bouteflika (…) J’en ai marre ! Toutes mes réponses sont chez vous. Je suis fatigué. C’est trop. Je n’étais pas candidat aux élections. Je n’ai rien à ajouter…». Même chose en ce qui concerne les liens avancés entre Ali Haddad et le projet de chaîne de télévision de campagne, l’accusé déclarant, en effet : «Je n’ai aucun lien avec cette chaîne», les équipements qu’il avait importés puis «prêtés» à Saïd Bouteflika, étant initialement destinés au média Dzaïr TV. «J’ai importé pour 220 000 euros de matériel moderne pour le direct. C’était une année avant la campagne. Le groupe Media Temps voulait créer un studio comme celui de BeIN Sport pour la transmission du championnat et de la coupe. Nous avions l’exclusivité pour huit matches de la Ligue 2 (…). Mais en 2018, il y a eu la crise faute de sponsors et de publicité. On n’avait même pas de quoi payer les salaires», a-t-il précisé.
Nouvelle condamnation qui s’ajoute toutefois à la longue liste des poursuites ayant cité les noms de Saïd Bouteflika et Ali Haddad depuis le contexte des manifestations populaires de 2019, notamment dans l’affaire de «surfacturation» et de perception d’indus avantages via des importations au niveau du port d’Oran pour l’accusé Ali Haddad. Quant à Saïd Bouteflika, il est à rappeler qu’il avait, cependant, bénéficié le 24 mai dernier d’une procédure de «relax» dans l’affaire des «interventions» dans plusieurs procédures judiciaires entre 2013 et 2019, et notamment en ce qui concerne les conditions de l’annulation des mandats d’arrêt lancés contre l’épouse et les deux enfants de Chakib Khellil.