Par Nadir Kadi
La Cour d’Alger a rendu hier son verdict en appel dans l’affaire dite du «financement occulte» de la campagne présidentielle avortée de 2019. Les deux accusés, Saïd Bouteflika, frère et ancien conseiller de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, et l’homme d’affaires Ali Haddad, sont en effet condamnés par la justice à de très lourdes peines : «8 ans de prison ferme» pour S. Bouteflika et «4 ans de prison ferme» contre A. Haddad.
La Cour d’Alger confirme ainsi la quasi totalité du verdict prononcé en première instance par le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’ hamed (Alger), la «saisie des biens» de Saïd Bouteflika hérités de sa mère et son frère Mustapha Bouteflika a cependant été «levée», selon une dépêche de l’APS. Affaire qui retient les charges de «blanchiment d’argent», «trafic d’influence», et «défaut de déclaration de biens», pour lesquelles les deux accusés encourent un «renforcement des peines» selon le réquisitoire du Procureur de la République prononcé le 20 septembre dernier. Les poursuites judiciaires et les débats lors des procès en premières instance et en appel se sont, pour rappel, concentrés sur les soupçons et accusations de malversations dans le «projet» de création et lors du financement de la chaîne nommée «Istimraria TV». Un canal pour lequel des équipements auraient été importés par l’entremise de l’homme d’affaires et qui visait à soutenir le cinquième mandat du candidat Abdelaziz Bouteflika. Quant à la défense des deux accusés, elle avait consisté en première instance en mai dernier et lors du jugement en appel, à nier l’ensemble des accusations, Saïd Bouteflika, déclarant en substance : «Vous pouvez dire ce que vous souhaitez à mon sujet, mais il n’est pas possible de mettre en cause mon honnêteté et mon honneur, je ne le permet pas (…) Si vous trouvez un seul dinar qui m’accuse alors condamnez-moi». Et plus concrètement, l’ancien conseiller et frère du l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, apparu lors du procès comme le principale accusé, avait même réfuté sa connaissance du «projet : Istimraria TV» ou sa participation «active» à la campagne électorale : «Avant d’être le conseiller d’Abdelaziz Bouteflika, je suis son frère (…) Je n’avais pas le temps de superviser la campagne électorale de 2019, mais il m’était possible de donner des avis». Quant à Ali Haddad, qui aurait dépensé le montant de 75 millions de dinars pour l’importation des équipements selon l’accusation citée par des sources de presse, il avait également axé sa défense sur la réfutation des charges. Ainsi, l’ex-homme d’affaires et président de l’ancien Forum des chefs d’entreprise (FCE) a précisé n’avoir jamais eu connaissance du projet d’une chaîne de soutien au candidat au moment des faits : «Je n’ai entendu parler de cette chaîne qu’après avoir été face au juge d’instruction de la cinquième chambre». Même chose en ce qui concerne les équipements audiovisuels importés depuis la Belgique, Ali Haddad explique qu’ils entraient dans le cadre du renforcement des capacités de son groupe de médias. Toutefois, les deux accusés avaient reconnus implicitement l’existence d’un projet de «web TV» conforme à la législation selon leurs dires ; Ali Haddad précise plus loin avoir «loué deux caméras, des chaises, des câbles…» à la demande de Saïd Bouteflika ; la nature de ces équipements «basiques» ne permettant toutefois pas de lancer une «chaîne de télévision», selon l’accusé. <