Par Salim Benour
C’est aujourd’hui que doit se tenir le procès en appel de Saïd Djabelkhir, le chercheur en islamologie, condamné en première instance le 22 avril 2021 sans mise sous mandat de dépôt à une peine de trois années de prison ferme assortie d’une amende de 50 000 DA.
L’audience d’aujourd’hui intervient après la demande de report du collectif chargé de sa défense. M. Djabelkhir, spécialiste du soufisme, est poursuivi pour «offense à l’Islam», après une plainte déposée contre lui par Abderazak Boubedjra, un enseignant universitaire de Sidi Bel Abbès, pour «offense aux préceptes de l’Islam». Elle sera d’autant plus suivie que l’accusé, qui a fait l’objet de menaces de mort pour avoir «professé» ses idées publiquement et sur le réseau social Facebook notamment, s’est trouvé dans une affaire qui n’aurait jamais dû mobiliser la justice, selon ses soutiens.
«C’est une première. Jamais un spécialiste, un universitaire n’avait été condamné pour avoir exprimé des idées qui relèvent de son domaine de compétence académique. Je suis choqué, je ne m’attendais pas à un verdict aussi dur», avait déclaré le chercheur à l’issue de la condamnation du 22 avril. «Il n’y a rien de condamnable dans ces écrits, qui sont les avis d’un islamologue», avait réagi Maître Moumen Chadi, l’un de ses défenseurs. L’avocat désigne du doigt l’article 144 bis 2 du code pénal sur l’offense aux préceptes de l’Islam, une disposition «agressive» et «répressive» qui a servi de base à la sentence et qu’il appelle à abolir. «Cet article, avec ses formulations générales, fait qu’un juge peut l’interpréter comme il l’entend», avait soutenu Maître Chadi.
Dans une autre déclaration à Reporters en avril dernier, l’avocate Fetta Sadat est du même avis que son collègue. Elle a estimé que l’affaire Djabelkhir «nous interpelle, parce qu’elle pose avec acuité la lancinante question de liberté de conscience et de la libre pensée et de la liberté tout court». Cette affaire «pose surtout l’urgence de l’abrogation des dispositions juridiques liberticides, à l’instar de l’article 144 bis du code pénal, sur la base duquel Djabelkhir a été jugé et condamné», a-t-elle relevé. En réaction d’indignation, l’intellectuel et islamologue Ghaleb Bencheikh a déclaré que l’affaire «relève de l’archaïsme». «Ce qui se passe est un scandale. On ne peut pas criminaliser le débat d’idées. C’est une atteinte grave à la liberté de conscience et la recherche académique. Cette affaire dénote un archaïsme de la pensée que je dénonce. Ce qui lui arrive est tout simplement inacceptable», a-t-il soutenu. Il a ajouté que «la liberté de conscience est bafouée et le débat d’idées est judiciarisé. Tout cela relève de l’archaïsme. J’espère vivement qu’on reviendra à la raison lors du procès en appel. Il faut que la justice algérienne soit digne. On s’est assez donné en spectacle comme cela». A suivre. <