En l’espace d’un mois, ce sont deux cargaisons de 30 000 tonnes de blé tendre en provenance, l’une de Lituanie et l’autre d’Estonie, arrivées successivement au port d’Alger, le 28 novembre 2020, et celui de Ghazaouet, fin décembre, qui montraient des signes d’avarie avancés. Il n’en fallait pas plus pour donner libre cours à toute sorte de rumeur. Des plus concordantes aux plus folles.
Si, jusqu’ici, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Abdelhamid Hemdani, s’était prononcé sur le premier arrivage en rapportant, lors d’un point de presse, que «certaines spécificités du cahier des charges n’ont pas été respectées» (par le fournisseur lituanien, ndlr), tout en informant que les mesures nécessaires sont engagées concernant cette affaire et qu’il ne pouvait pas s’exprimer à ce sujet tant que ces mesures sont en cours, c’était au tour du Président de la République Abdelmadjid Tebboune de charger, lors du Conseil des ministres tenu dimanche dernier, le ministre des Finances de procéder à un audit au sein de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).

Comme quoi cette simultanéité d’importation de blé tendre avarié ne serait pas traitée à la légère. Faut-il rappeler dans la foulée que le Directeur général de l’OAIC a été le premier à en subir les conséquences par son limogeage, car il s’agit bien là d’opérations commerciales qu’il a pilotées en amont en aval. Il devient ainsi le premier mis en cause suivi par les fournisseurs et pour lesquels ils restent à démontrer si l’avarie s’est perpétrée lors de la traversée ou si les volumes de blé tendre étaient déjà infectés bien avant leur embarquement sur les navires vraquiers. Et le cas échéant, l’opération d’exportation ne serait ni plus ni moins qu’une tentative de fourguer à l’acheteur, c’est-à-dire l’OAIC, du blé devenu invendable. Pour l’heure, il devient urgent de déterminer les niveaux de responsabilité et par ailleurs découvrir les tenants et les aboutissants de cette sordide opération commerciale que l’on ne peut que qualifier qu’ainsi. En effet, n’était la vigilance des agents de contrôle de la qualité avant de procéder au débarquement du blé tendre avarié, des volumes importants auraient pu être triturés pour être transformés en farine et pâtes alimentaires avec toutes les conséquences que cela induit sur la santé des consommateurs. Heureusement que nous ne sommes pas là. Mais toujours est-il qu’il faut souligner que ces deux importations de blé tendre de pays qui, auparavant, dont la destination Algérie leur était exclue faute de ne pouvoir répondre aux conditions des cahiers des charges, notamment sur le point précis du taux de punaisassions plafonné à 1%. Ensuite, le marché algérien leur est devenu accessible car l’OAIC avait revu à la hausse le taux de punaisassions passant ainsi de 1 à 5%. Sur ce dernier point, il importe de savoir que beaucoup d’encre a coulé entre autre que le blé français allait perdre sa place de leader sur le marché des importations algériennes. On est allé jusqu’à dire que les dernières importations issues de pays de l’ex-URSS et où le blé tendre s’est révélé avarié est un coup monté par des traders sentant que leur gros client qu’est l’OIAC pourrait leur échapper. Et du coup perdre d’énormes gains financiers.
Cela dit, c’est l’audit de l’OAIC qui pourrait déceler les parts de responsabilité dans ces achats de blé tendre avarié, en attendant d’autres révélations, ou bien de conclure tout simplement que l’avarie est un concours de circonstance dont la faute humaine n’est pas la cause.