Une guerre de communiqués confronte, depuis quelques jours, le Mali à la Côte d’Ivoire. Le premier soupçonne le second d’être impliqué dans un plan de déstabilisation, visant à saper le processus de normalisation que mènent les militaires au pouvoir à Bamako. Le second accuse le premier de faire dans la surenchère politico-sécuritaire à des fins de consommation interne.

Le résultat est que l’Afrique de l’Ouest est à nouveau secouée par une nouvelle crise sans doute conséquente aux séquelles des sanctions de la Cédéao contre le Mali, en janvier dernier, et qui ont été levées début juillet. Lundi 11 juillet, le gouvernement malien a qualifié ces soldats ivoiriens de «mercenaires». Selon lui, ils «se trouvaient illégalement sur le territoire national du Mali (…) en possession d’armes et de munitions de guerre, sans ordre de mission ni autorisation».
«Le dessein funeste des personnes interpellées était manifestement de briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que le retour à l’ordre constitutionnel», a indiqué le porte-parole du gouvernement Abdoulaye Maïga. Mais, selon Abidjan, la présence de ses soldats, dans le cadre d’opérations de soutien logistique à la mission des Nations unies au Mali (Minusma), est «bien connue des autorités maliennes».
Des militaires ivoiriens sont présents à l’aéroport de Bamako, depuis juillet 2019 et la signature d’une convention avec l’ONU, a précisé le CNS mardi. «Depuis cette date, 7 contingents se sont relayés périodiquement sur ce site, sans aucune difficulté», ajoutent les autorités ivoiriennes qui assurent avoir transmis «une copie de l’ordre de mission» à Bamako. Elles affirment, par ailleurs, vouloir continuer «d’œuvrer pour le maintien du climat de paix et de fraternité qui a toujours prévalu entre la Côte d’Ivoire et le Mali».
Mardi 12 juillet, la Côte d’Ivoire a demandé au Mali la libération «sans délai» de ses 49 militaires arrêtés dimanche 10 juillet à l’aéroport de Bamako. Ils sont accusés par les autorités maliennes de transition d’être des «mercenaires» engagés dans un plan de déstabilisation.
«Aucun militaire ivoirien de ce contingent n’était en possession d’armes ni de munitions de guerre», a indiqué un communiqué de la présidence ivoirienne publié à l’issue d’un Conseil national de sécurité (CNS) extraordinaire. «La Côte d’Ivoire, qui a toujours oeuvré au sein des instances sous-régionales, régionales et internationales, pour la paix, la stabilité et le respect de l’Etat de droit, ne peut s’inscrire dans une logique de déstabilisation d’un pays tiers», ajoute le texte.
Qui croire ? Durant la même journée, le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, a expliqué que les militaires interpellés ne faisaient pas «formellement partie de la Minusma» mais qu’ils étaient des «Eléments nationaux de soutien (NSE)», c’est-à-dire des effectifs déployés par les pays contributeurs de troupes «en soutien à leurs contingents». «C’est une pratique commune dans les missions de maintien de la paix», a-t-il ajouté.
Pour le gouvernement malien, les militaires ivoiriens arrêtés ont avancé quatre versions différentes pour justifier leur présence sur le territoire malien : «la mission confidentielle, la rotation dans le cadre de la Minusma, la sécurisation de la base logistique de SAS et la protection du contingent allemand». Le colonel Assimi Goïta, chef de la junte militaire malienne, a indiqué mardi dans un tweet avoir eu un entretien téléphonique avec le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. «Nous avons évoqué l’appui de l’ONU au processus de transition au Mali et j’ai réitéré la nécessité pour les partenaires de respecter la souveraineté du Mali», a-t-il écrit. L’entretien a été confirmé par l’ONU. L’information de l’arrestation de militaires ivoiriens a commencé à être diffusée dimanche sur les réseaux sociaux avant de devenir virale, certains accusant ces soldats d’être venus commettre un putsch. A suivre.