La justice a rendu son verdict, hier, à l’encontre d’anciens ministres et de hauts responsables et d’hommes d’affaires impliqués dans l’affaire de montage automobile ainsi que le financement occulte de la campagne électorale de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika.

Dans une ambiance très tendue, surtout du côté des familles des accusés, le tribunal de Sidi-M’hamed a prononcé des peines allant de l’acquittement à 20 ans de prison ferme. Des amendes ont été également requises par la justice et oscillent entre 100 000 DA et 2 millions de DA. La condamnation a concerné en premier lieu l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines Abdessalem Bouchouareb, seul à ne pas se présenter à l’audience et contre lequel un mandat d’arrêt international a été lancé. C’est ainsi que le juge a condamné Bouchouareb par contumace à une peine de 20 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de DA. La motivation de la peine s’explique par « l’octroi d’indus avantages, abus de fonction, dilapidation volontaire de deniers publics, blanchiment d’argent et fausses déclarations ». De son côté, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia été condamné à 15 ans de prison ferme et une amende de 2 millions de DA pour les mêmes charges retenues contre Bouchouareb. Mais pas seulement, puisqu’il a été décidé une confiscation de tous ses biens saisis, l’obligation pour lui de restituer le profit illicite, qu’il soit chez ses ascendants, descendants ou parents par alliance, et sa privation de ses droits civils et politiques. Aussi et s’agissant de Sellal, il écope de 12 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million DA pour « l’octroi d’indus avantages lors de la passation de marchés, abus de fonction, dilapidation volontaire de deniers publics, fausses déclarations et participation au financement occulte de la campagne électorale de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika ». A l’instar d’Ouyahia, Sellal est également ciblé par l’ordre de la restitution du profit illicite même s’il se trouve chez ses ascendants, descendants ou parents par alliance. Les anciens ministres de l’Industrie, Youcef Yousfi ainsi que Mahdjoub Bedda ont été condamnés à une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 DA. Cette peine est motivée par «l’octroi d’indus avantages lors de la passation de marchés, abus de fonction et dilapidation volontaire de deniers publics». L’ancienne wali
Nouria Yamina Zerhouni a été, elle, condamnée à une peine de 5 ans de prison ferme et une amende 200 000 DA.

Acquitté, Zaâlane reste toutefois en prison
S’agissant de l’ancien ministre du Transport et des Travaux publics Abdelghani Zaâlane a été acquitté du délit de financement occulte de la campagne électorale de l’ex-Président. Mais bien qu’acquitté, il reste toutefois en prison pour répondre d’autres accusations liées à des faits de corruption. Quid d’Ali Haddad ? Ce dernier a en effet été condamné à une peine de 7 ans de prison ferme et une amende de 500 000 pour le délit de participation au blanchiment d’argent et financement occulte de la campagne électorale du 5e mandat. Des fonctionnaires du groupe Haddad, en l’occurrence Aourane Ahmed, Hadj Ahmed et Chaib Hamoud, quant à eux, ont écopé de 2 ans de prison ferme, dont un an avec sursis, et d’une amende de 200 000 DA avec confiscation des fonds saisis. Quant à l’homme d’affaires, Ahmed Maâzouz, il a été condamné à 7 ans de prison ferme et d’une amende ferme avec confiscation des fonds saisis. Le délit pour lequel il a été condamné est en rapport avec « incitation d’agents publics en vue d’obtenir un indu privilège, de bénéficier de l’influence des agents de l’Etat, de blanchiment d’argent avec dissimulation de son origine et de financement des partis politiques». L’homme d’affaires Hassan Larbaoui, poursuivi pour «bénéfice de l’autorité des agents de l’Etat en vue de la conclusion de marchés publics et de blanchiment d’argent», a été condamné à 6 ans de prison ferme et d’une amende d’un million de dinars, avec confiscation des fonds saisis.
Les hommes d’affaires et les sociétés condamnés à de fortes amendes
Concernant Mohamed Bairi, il a été condamné à une peine de prison ferme de 3 ans accompagné d’une amende de 200 000 DA. L’homme d’affaires a été poursuivi pour « incitation d’agents à exploiter leur influence en vue de conclure des marchés publics ». Fares Sellal, fils de l’ancien Premier ministre, a été condamné à 3 ans de prison ferme assortis de 200 000 DA d’amende pour délit de participation à l’incitation d’agents publics à conclure les marchés publics. Par ailleurs, les sociétés appartenant aux hommes d’affaires ont été mises en demeure de verser des amendes. C’est le cas notamment
des entreprises appartenant à Hassan Larbaoui, condamnées à verser, pour chacune d’elles, une amende ferme d’un million de DA pour le délit de « bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’Etat ». Les sociétés appartenant à la personne physique Ahmed Mazouz ont été condamnées à verser, pour chacune d’elles, une amende d’un million de DA pour blanchiment d’argent pour le transfert des biens provenant des recettes de la corruption pour dissimuler leur origine illicite. Pour les sociétés appartenant à Mohamed Baïri, nombre d’entre elles ont été condamnées à verser une amende ferme d’un million de DA.

«Ces condamnations étaient attendues »
M. Nadjib Bitam, membre du collectif de défense de Baïri et Larbaoui, a qualifié le verdict du tribunal d’« attendu». Dans une déclaration à la presse, il a considéré que « le verdict était raisonnable ». Selon lui, ce qui a le plus caractérisé le procès mais aussi les verdicts est le fait que la sentence du juge n’a pas touché aux entreprises privées «qui continuent à fonctionner normalement».
Par ailleurs, de nombreux membres de la défense n’ont pas manqué de dénoncer la forte médiatisation du procès. Plusieurs membres de la défense, à l’instar de Younes Lakhdari, avocats de Mohamed Baïri, ont plaidé l’innocence de leurs clients. Aussi et à propos de l’appel, les avocats interrogés par nos soins ont expliqué que la décision sera prise ultérieurement.