L’affaire de l’autoroute Est-Ouest, un projet entaché de corruption impliquant de hauts dirigeants de l’Etat et d’autres figures connues pour leur proximité avec les cercles de décision pendant les faits, est de retour. Elle sera réexaminée aujourd’hui par le tribunal criminel près la cour d’Alger. Traitée une première fois en mars 2015, l’affaire revient au tribunal après un pourvoi en cassation au niveau de la Cour suprême.

Le dossier ne laisse plus indifférent au vu des sommes faramineuses mobilisées par l’Etat pour voir le projet, inachevé jusqu’à présent, coûter près de 16 milliards de dollars, alors qu’il avait démarré avec une enveloppe de 6 milliards de dollars, enregistrant en cours de route une énigmatique réévaluation.
L’affaire énonce 17 accusés, dont sept sociétés étrangères. Elle énonce également des absences de taille parmi les accusés comme l’homme d’affaires algéro-luxembourgeois Madjdoub Chani, installé à l’étranger, considéré comme un élément essentiel dans l’affaire.
Dans cette affaire, des peines de prison allant de 1 an avec sursis à 20 ans de réclusion et trois acquittements ont été prononcées en mai 2015.
Le procès d’aujourd’hui sera à ce propos une étape importante pour que l’opinion apprenne les résultats auxquels a abouti l’instruction ouverte au pôle financier concernant l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, celui des Travaux publics, Amar Ghoul, et celui de l’Energie, Chakib Khelil, également en fuite à l’étranger.
Les accusés qui seront entendus à partir d’aujourd’hui sont poursuivis, faut-il le rappeler, pour de lourds chefs d’inculpation, notamment «association de malfaiteurs», «corruption», «blanchiment d’argent», «dilapidation de deniers publics» et «abus de fonction», «trafic d’influence», «perception d’indus cadeaux» et «violation de la réglementation des changes».
Symbolisant tout ce qui est en relation avec le mégaprojet, Amar Ghoul a bénéficié, en 2015, des largesses de la Justice grâce à sa proximité et sa fidélité aux cercles de la décision, comme l’atteste le procès (de 2015) quand on s’est contenté de l’interroger par écrit pendant l’instruction. Le tribunal criminel près la cour d’Alger n’avait pas fait mieux en se contentant, lui aussi, de la lecture des réponses en audience.
Quel sera le traitement réservé à Amar Ghoul aujourd’hui en pleine déchéance et en détention pour d’autres affaires ? Sera-t-il lourdement condamné dans cette affaire après l’avoir été dans d’autres affaires ? Va-t-il se donner à de nouvelles révélations comme celles ahurissantes livrées par Ahmed Ouyahia récemment ? Autant de questions que se pose l’opinion publique.
Des indiscrétions indiquent, s’agissant des nouveautés qui peuvent être découvertes aujourd’hui, que Ghoul a été auditionné par le magistrat instructeur, avant que l’affaire ne soit renvoyée devant le pôle pénal financier, près le tribunal de Sidi M’hamed.
Responsabiltés
A un autre degré de responsabilité, le procès concerne d’autres noms du secteur des travaux publics. Parmi eux figurent Mohamed Khelladi, ex-directeur des nouveaux programmes de l’Agence nationale des autoroutes (ANA), Mahdjoub Chani, homme d’affaires algéro-luxembourgeois, propriétaire d’une société fiduciaire, Rachid Hamdane, ex-directeur de la planification au ministère des Travaux publics, Allab Khiar, entrepreneur, Belkacem Ferrachi, ancien cadre au ministère des Transports.
Il s’agit également de Mohamed Ouazane (plus connu sous le nom du colonel Khaled), ex-conseiller au ministère de la Justice (décédé), Ahmed Ghazali, ex-directeur des études au niveau de l’ANA, et Naim et Madani Bouzenacha.
Parmi les sociétés poursuivies, on retrouve les consortiums chinois CRCC-CITIC et japonais Cojaal, ainsi que les sociétés suisses Pizarotti et Garaventa.
Par ailleurs, le dossier de l’affaire Sonatrach 1 sera rouvert le 17 février prochain. Dans cette affaire examinée par le tribunal criminel d’Alger, début 2016, une peine de 6 ans de réclusion criminelle assortie d’une amende de 1 million de dinars à l’encontre du principal accusé, le président du conseil d’administration du groupe algéro-allemand Contel Funkwerk, Al Ismaïl Mohamed Reda Djaafar.
Une peine d’emprisonnement ferme de 6 ans, assortie d’une amende de 2 millions de dinars, avait également été prononcée contre Meziane Mohamed Reda, fils de l’ex-PDG de Sonatrach. Meziane Mohamed, l’ex-PDG de Sonatrach, avait été condamné, lui, à une peine de 5 ans avec sursis assortie de 2 millions de dinars d’amende. n