La gravité des faits invoqués et le tollé d’indignation d’une présumée agression sexuelle contre le mineur Saïd Chetouane, arrêté samedi 3 avril à Alger et mis en garde à vue dans un commissariat, ont fini par faire réagir le Parquet à travers une conférence de presse animée lundi en fin de journée par le Procureur général près la Cour d’Alger, Sid-Ahmed Mourad.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ce dernier a donné ainsi les premiers éléments de l’enquête sur une affaire qui a fait parler d’elle dès les premiers partages sur la toile d’une vidéo montrant le mineur en sanglots à sa sortie du commissariat et déclarant avoir subi «des attouchements sexuels» de la part des policiers. Même si le procureur a promis devant les médias de dévoiler «tous les tenants et aboutissants de cette affaire une fois les investigations achevées», il a livré des éléments que l’opinion ignorait jusque-là sur une affaire qui a suscité diverses réactions.
Côté procédure, le magistrat a d’emblée indiqué que «suite à la vidéo relayée sur les réseaux sociaux et par certains médias concernant des allégations d’une agression sexuelle dont aurait été victime le jeune mineur Ch. S, le jour de sa participation, samedi 3 avril 2021, à une manifestation non autorisée, et au vu des interprétations et interrogations suscitées, le Parquet de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed a donné des instructions pour la convocation du mineur en question en compagnie de son tuteur».
Il a précisé que le mineur a déclaré, en présence de sa mère, s’être déplacé de Blida, lieu de sa résidence, le jour de la marche avec des connaissances à lui et qu’il a été interpellé avec deux d’entre elles, dont il n’a pas révélé l’identité, faisant état de «l’ouverture d’une enquête avec les personnes qui étaient avec lui».
Le procureur a souligné que «le seul fait qu’il a rapporté est d’avoir été poussé par un talkie-walkie avant d’être conduit au siège de la Sûreté», relevant qu’il «lui a été demandé avec insistance de préciser la nature de l’agression dont il prétend avoir été victime», ajoutant que «les investigations se poursuivent à ce sujet». Selon le procureur, le mineur «a été examiné, ce jour même (lundi, NDLR), par deux autres médecins au niveau du service de médecine légale au CHU Mustapha-Bacha». «Le rapport du médecin légiste dit que la victime ne rapporte aucune notion d’acte contre nature», mais que «le concerné a refusé de se soumettre à un examen approfondi et nous respectons la décision de tout citoyen. Nous ne pouvons pas l’obliger à un tel examen, surtout en présence de sa mère».
Né le 25 juin 2005, et dont les parents sont divorcés, le jeune mineur participe au Hirak depuis le début, a précisé le représentant du Parquet ajoutant qu’il a été présenté devant le juge des mineurs, en présence de son avocat désigné par le Barreau d’Alger, et fait l’objet d’une enquête sociale sur les conditions de sa vie, notamment au plan psychologique. Sur les motivations de l’arrestation de ce mineur, le magistrat a expliqué que «les traits de visage et sa corpulence physique ne laissent pas apparaître qu’il est mineur», affirmant qu’«une fois identifié, il avait été présenté, dans le cadre de la procédure légale, à un médecin légiste avant sa remise à sa mère, sachant que l’examen auquel il avait été soumis à ce moment-là au niveau du service de médecine légale à Mustapha-Bacha n’a révélé aucune violence».
A propos de la mère du jeune Chetouane, le procureur a indiqué qu’elle se trouvait chez elle le jour des faits et qu’elle «ne savait pas que son fils s’était déplacé à Alger» et n’ayant pris connaissance du déplacement de son fils vers Alger qu’après avoir été contactée par la police. «Elle est venue récupérer son fils, et vous savez ce qui s’est passé après», relate le Procureur, allusion à la diffusion de la vidéo contenant les accusations d’attouchements sexuels.
Le procureur a également fait savoir que le père du mineur a été interrogé dans le cadre de l’enquête et qu’il a affirmé qu’il «n’était pas au courant de ce qu’a fait son fils mineur, et qu’il a décidé de porter plainte, contre tous ceux qui ont exploité son fils».
Dimanche, la DGSN a indiqué qu’après la «diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux à travers laquelle ses auteurs affirment qu’un mineur aurait été maltraité au niveau d’un commissariat à Alger le samedi 3 avril, les services de la Sûreté de la wilaya d’Alger ont informé le procureur de la République. Ce dernier a ordonné l’ouverture d’une enquête». La même source avait ajouté que «l’adolescent en question a été entendu en présence de sa mère» et qu’il «a également été examiné par un médecin légiste avant d’être libéré en compagnie de sa mère».