La banderole affichée par un groupe de supporters de l’AS Aïn M’lila, en soutien à la cause palestinienne, mettant en cause le roi saoudien a suscité une polémique inédite.

L’ambassadeur d’Arabie saoudite Samy Salah, après avoir officiellement protesté auprès des autorités algériennes, a indiqué, hier, dans un tweet que « le Premier ministre Ahmed Ouyahia a présenté les excuses du peuple et du gouvernement algériens à l’Arabie saoudite ». Cette déclaration, non confirmée par les autorités, intervient après que le ministre de la Justice Tayeb Louh avait annoncé, mardi, qu’une enquête a été ouverte sur « l’incident de la banderole » déployée au stade d’Aïn M’lila (Oum El Bouaghi), et que cette dernière a fait ressortir, selon les résultats préliminaires, qu’il s’agit «d’un acte individuel et isolé ». Le ministre a rappelé que l’Algérie et l’Arabie Saoudite étaient « deux pays frères unis par des relations historiques, qui se sont raffermies au fil des années, en plus des liens de fraternité, de coopération et de solidarité». Rappelant le rôle joué par l’Arabie saoudite dans le soutien du peuple algérien dans sa guerre de libération. Les relations entre l’Algérie et l’Arabie saoudite restent importantes malgré les divergences sur la scène internationale. L’Algérie reste à distance des positions de Riyad, devenue depuis quelques années particulièrement offensives, appelant à des coalitions tantôt pour « la guerre au Yémen » tantôt pour mener « la bataille contre le terrorisme». Alger s’est toujours excusé de participer à ce type de coalition, l’Armée nationale ne pouvant intervenir en dehors des frontières selon une doctrine établie. En fait, Alger préfère garder sa neutralité, gage de sa crédibilité diplomatique, dans la querelle de plus en plus dure entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Le tifo de la discorde produit par les supporters d’Aïn M’lila mettait en figure une tête moitié Trump et moitié roi Selmane avec un message en anglais « Two Face for the Same Coin » deux faces d’une même pièce. Le message est sans équivoque sur les compromissions des Saoudiens avec l’Amérique qui vient justement de déclarer El Qods, capitale de l’Etat colonial israélien. Cependant, les Saoudiens n’ont pas du tout apprécié, d’autant plus que grâce aux réseaux sociaux, la fameuse banderole a fait le tour du net, reprise par de nombreux médias et télévisions satellites. Le groupe Rossoneri d’Aïn M’lila, auteur du tifo controversé, a réagi à cette polémique expliquant que les jeunes d’Aïn-M’lila n’ont fait qu’exprimer leur solidarité avec la cause palestinienne, « ce qui est un honneur ». «Il n’y avait aucune insulte dans la banderole », s’est défendu ce groupe de supporters sur sa page Facebook. «Les jeunes défendent la cause palestinienne et ne sont nullement des criminels pour qu’ils soient poursuivis », a ajouté Rosseneri d’Aïn M’lila, qui a tenu à adresser un message « à tous les habitants de notre chère ville et aux hommes libres de l’Algérie que ce tifo a été réalisé consciemment et que toute action contre ses confectionneurs sera considérée comme une attaque contre toute la ville. C’est une question d’honneur, les enfants de Ben M’hidi n’abandonneront pas leur honneur, nous sommes tous Rossoneri ». Il est à rappeler que c’est la première fois qu’une expression populaire dans un stade de football, en Algérie, suscite autant de polémique notamment avec un Etat étranger. Les galeries de supporters, généralement encadrées par des comités, s’expriment souvent par des banderoles appelées communément tifo notamment lors des grandes affiches footballistiques sans que cette pratique ne suscite la controverse en dehors de l’enceinte sportive. La cause palestinienne est souvent mise en exergue durant les grandes rencontres. L’on se rappelle récemment le tifo géant présentant le dirigeant palestinien Marouane Barghouti, toujours emprisonné dans les geôles israéliennes, déployé par les supporters du MCA au 5-Juillet. C’est la première fois que ce type d’expression sur les gradins des stades algériens provoque une réaction à ce niveau d’un Etat étranger faisant promptement réagir les autorités algériennes.