Par Nadir Kadi
L’ancien PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Keddour, a été condamné hier par les juges du tribunal de Sidi M’hamed à une très lourde peine de «15 ans de prison ferme» assortie d’une «amende d’un million de dinars».
L’ex-responsable à la tête de l’entreprise nationale des hydrocarbures jusqu’à son limogeage, en avril 2019, suivi d’une éphémère «fuite» à l’étranger, était poursuivi, aux côtés de plusieurs membres de sa famille et d’anciens responsables de l’entreprise, dans une affaire liée au rachat, en 2018, de la raffinerie Augusta en Italie.
Les charges retenues dans cette affaire ont porté sur des faits «d’abus de fonction», «dilapidation de deniers publics», «octroi d’indus avantages à autrui» ou encore de «violation de la législation».
Procédure judiciaire qui avait notamment débuté suite aux incohérences affichées entre le montant initial de 700 millions de dollars pour le rachat de la raffinerie et le coût final, près de trois fois supérieur, de 2,1 milliards. L’enquête, mouvementée, marquée par l’émission d’un mandat d’arrêt international et l’extradition en août 2021 de l’ex-PDG, a par ailleurs abouti hier à l’implication officielle et la condamnation de plusieurs membres de sa famille. Ainsi, son épouse a été sanctionnée d’une peine de «deux ans de prison ferme et d’une amende de deux millions de dinars» suite des perquisitions et la découverte de fortes sommes d’argent et de biens de valeurs, restés vraisemblablement injustifiés. La justice a également condamné hier le fils du principal accusé à une peine de «10 ans de prison ferme, assortie d’une amende de trois millions de dinars» avec confirmation du mandat d’arrêt international émis à son encontre.
Quant à la défense de l’ancien responsable Abdelmoumen Ould Keddour, elle peut se résumer en une phrase lancée par l’accusé dès le début de procès : «Je rejette toutes ces accusations.» En effet, longuement questionné à propos du prix d’achat de la raffinerie, des surcoûts, de la justesse du projet, ainsi qu’au sujet des pertes financières enregistrées en 2019 et 2020, l’ancien PDG a fait savoir, dès l’ouverture de la procédure à son encontre, le 8 novembre dernier, que la décision de rachat de l’infrastructure pétrolière avait suivie les règles légales, mais était surtout connue et approuvée par les autorités politiques de l’époque, dont l’ancien ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, et l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia : «Nous avons informé tout le monde, y compris le Conseil de la Nation et l’APN. On était dans la transparence totale et le plan économique est positif à 100%.» Par ailleurs, concernant le coût de l’achat et les pertes financières enregistrées durant les deux premières années d’exploitation de la raffinerie Augusta, Abdelmoumen Ould Keddour a laissé entendre que cela s’expliquait par l’ampleur de la maintenance, de la remise aux normes environnementales, des droits de douane ou encore de la constitution des stocks… Les pertes affichées en 2019 et 2022, estimées respectivement à 273 millions d’euros et 351 millions d’euros, seraient quant à elles dues aux crises économique et sanitaire.
Par ailleurs, il est à noter que l’ex-PDG de Sonatrach a défendu avec acharnement la «justesse» de la stratégie de rachat de raffineries qu’il avait imaginée pour l’entreprise nationale.
Ainsi précisant : «L’objectif d’Augusta était de réduire la facture d’importation des produits raffinés qui était de 2 milliards de dollars chaque année». Abdelmoumen Ould Keddour a également défendu son action en rappelant que la gestion des projets dans le secteur de l’énergie avait enregistré de nombreux retards, l’accusé tenant pour preuve que les perspectives de réalisation de cinq raffineries annoncées dès 2009, n’avaient enregistré aucune avancée lors de sa prise de fonction. <