Fatima, âgée d’une soixantaine d’années, est assise à même le sol, s’appuyant sur ses nombreux bagages, à l’aéroport international Houari-Boumediène. Déchaussée, elle masse ses pieds douloureux, endoloris à force de se tenir debout. Hier encore, après la grève déclenchée par surprise par le personnel navigant commercial d’Air Algérie, elle espérait un dénouement heureux de son calvaire.

Son vol en partance vers l’Egypte étant annulé en raison de la grève, et n’ayant pas de famille à Alger, elle comptait sur la «générosité» d’Air Algérie pour être prise en charge en attendant un autre vol pour le pays des Pharaons. «Je suis venue de Tiaret pour prendre le vol vers l’Egypte. C’est la première fois, depuis 45 ans que je prends ce vol, que je suis confrontée à une telle situation. Après l’annulation du vol, je suis restée toute la journée à l’aéroport, sans eau ni nourriture. Mon budget étant serré, je ne pouvais me permettre des frais supplémentaires», confie-t-elle. Ce n’est que très tard dans la soirée de lundi que la compagnie aérienne nationale, poursuit-elle, l’a conduite, avec d’autres voyageurs, vers l’hôtel de l’aéroport. «On a été très bien pris en charge au niveau de l’hôtel et on nous a informé qu’on est affecté vers la compagnie aérienne Egypte Airlines où un vol est prévu pour aujourd’hui. Mais on attend toujours et personne ne nous dit quoi que ce soit. On a faim, on a soif et aucune bouteille d’eau ne nous a été distribuée», déplore-t-elle. Ce ne sont pas tous les passagers, selon les dires d’un autre voyageur, en partance pour Nice, qui ont eu la chance d’être hébergés à l’hôtel de l’aéroport. «Il y a eu trop d’annulations et les passagers étaient nombreux. Une partie a été hébergée au niveau de cet hôtel et la partie restante a dû se débrouiller seule. Moi, personnellement, j’ai passé la nuit dans un hôtel privé à mes frais», signale-t-il. Ce dernier confie ne pas avoir déboursé d’argent uniquement pour payer l’hôtel, mais aussi pour acheter un autre billet d’avion pour Marseille. «Nos billets n’ont pas été remboursés. La compagnie a juste procédé à un changement de date. Le prochain vol pour Nice est prévu pour ce jeudi. Etant pressé, j’ai dû acheter un autre billet pour Marseille afin d’être en France aujourd’hui», précise-t-il. Bien que l’aéroport international ait repris une «allure» normale, hier, après la pagaille de la veille, certains voyageurs appréhendaient toujours un autre débrayage surprise, y compris ceux ayant réservé dans d’autres compagnies aériennes. « Tant que je ne serais pas à bord de l’avion, je ne serais pas rassurée. Tout peut arriver. Si notre vol est annulé, ce sera une catastrophe pour nous. Certes, la grève a touché le personnel d’Air Algérie.
Mais j’appréhende quand même les mauvaises surprises !», relève l’un des pèlerins qui devaient prendre le vol de l’Arabie saoudite pour la omra, sur les lignes de Turkish Airlines. Les voyageurs qu’on a approchés déplorent, pour la plupart, le manque de communication flagrant de la compagnie d’Air Algérie. «On aurait aimé qu’on nous prévienne, par SMS au moins, qu’il y a débrayage, pour qu’on puisse prendre nos dispositions. La compagnie n’est pas, certes, que du négatif. Quand on rate un vol, par exemple, on paie les pénalités et pas tout le prix du billet comme c’est le cas dans d’autres compagnies aériennes. N’empêche qu’en cas de crise, Air Algérie n’assume pas tout à fait ses responsabilités», conclut-il.