C’est aujourd’hui que débutera, à l’échelle nationale, le boycott des audiences dans toutes les juridictions, tel que décidé lundi par l’Union nationale des ordres des avocats (UNOA) en signe de protestation et notamment pour « une justice indépendante » et « le respect des droits de la défense ».
Cette action, qui marque le durcissement de la protestation des robes noires après notamment le rassemblement tenu dimanche dans l’enceinte de la Cour d’Alger, a été décidée suite au mouvement de colère des avocats après l’incident qui a émaillé la semaine passée le procès en appel de Mourad Oulmi au cours duquel l’avocat et bâtonnier Abdelmadjid Sellini a eu un malaise après un échange vif avec le juge.
La même action s’inscrit aussi dans le prolongement de celle des avocats de la capitale qui ont décidé de boycotter les juridictions du 27 septembre au 4 octobre, ce qui s’est répercuté sur le déroulement des procès initialement prévus au cours de la semaine. En plus de ces actions qui mettent encore une fois le corps de la justice sous les feux des projecteurs, les avocats contestataires ont condamné, au nom de l’UNOA, l’attitude du juge de la Cour d’Alger « à l’encontre du collectif de défense », dénonçant ce qu’elle a qualifié de « dérapage dangereux » qui n’aurait pas dû se produire si le juge « avait décidé de lever la séance conformément à l’article 25 régissant le travail de l’avocat ».
C’est la raison pour laquelle l’UNOA invite le ministre de la Justice, garde des Sceaux, à l’effet d’activer la disposition réglementaire en question et de soumettre ce dossier au niveau de la commission nationale des recours, appelée à le traiter en toute transparence et neutralité.
Cette demande n’est cependant pas du goût de la section d’Alger du Syndicat national des magistrats (SNM), qui a accablé, dans un communiqué rendu public hier soir, Me Sellini dont le comportement tombe sous les articles 144 et 147 du code pénal. Mais, il va sans dire qu’au-delà de la revendication portant sur l’indépendance de la justice, les avocats affichent, plus que jamais, une détermination à défendre « le droit de la défense », qu’il juge « bafoué » par la mainmise du juge. « Pour les avocats, qui ont pris la parole au rassemblement de dimanche, le droit « ne saurait être piétiné quelles que soient les circonstances du procès », pointant, par la même occasion le recours à l’organisation des procès par visioconférences. « La généralisation du recours à la visioconférence a fait perdre à la justice sa valeur humaine », a soutenu l’organisation représentant les robes noires, dans un communiqué rendu public, relevant que le recours à ce mode « devrait être l’exception dans le sens où le prévenu a le droit de se présenter devant le juge et d’interagir durant l’audition… ». Pour l’UNOA, qui mise, à partir d’aujourd’hui, sur une forte mobilisation des avocats, « la généralisation de ce procédé de visioconférence a fait que les audiences sont devenues formelles et qu’elles ne répondent pas aux exigences de procès équitables où devraient être garantis les droits de la défense ».
En tout état de cause, l’adhésion des avocats à cet appel au boycott des audiences à l’échelle nationale (mercredi et jeudi) sera vraisemblablement révélatrice de la capacité des robes noires à mettre la pression sur la tutelle pour prétendre faire avancer leurs revendications, qu’il s’agit du point évoquant l’indépendance de la justice ou celui qui concerne le point relatif au droit de la défense.