Au lendemain de la décision d’acquittement des généraux Toufik et Bachir Tartag, de Saïd Bouteflika et de Louisa Hanoune, prononcée samedi par la Cour d’appel du Tribunal militaire de Blida, l’avocat Miloud Brahimi, membre du collectif de la défense des accusés, dit ne pas comprendre les marques de désapprobation exprimées par des Algériens à l’issue du procès.

«Autant je comprends l’opinion publique quand il s’agit de réclamer une lutte impitoyable contre la corruption, autant je reste dubitatif quand je vois la même opinion s’indigner contre les décisions d’acquittement relatives à des problèmes politiques», a déclaré l’avocat à Reporters, ajoutant qu’«il s’agit enfin de la justice rendue à des innocents acquittés depuis ce 2 janvier 2021 après une longue bataille judiciaire».
Cette décision «m’amène à dire que le président de la République travaille à l’avènement de l’Algérie nouvelle. Je précise que de mon point de vue, il ne peut y avoir d’Algérie nouvelle sans une justice nouvelle», a indiqué Maître Brahimi, qui affirme que «l’exemple que vient de donner le Tribunal militaire de Blida va dans la bonne direction». Et de relever que «ceci nous laisse espérer que les détenus d’opinion vont enfin pouvoir bénéficier de cette justice nouvelle».
Lors de leur comparution avant-hier devant le juge de la juridiction militaire, les accusés Tartag, Toufik et Saïd Bouteflika n’ont pas été évasifs en communication sur la réunion qu’ils ont tenue quelques jours avant la fin du règne d’Abdelaziz Bouteflika. «Le vrai complot c’est celui qui nous a ciblés», a répondu Bachir Tartag. «Comment puis-je accepter qu’à la fin de ma carrière on m’accuse de complot ? Le traître, c’est celui qui en a décidé ainsi. Lorsque l’Algérie avait besoin de nous, on a donné tout ce qui était possible pour ne pas la laisser tomber durant les années 1990. Qui a parlé de complot ? Pensez-vous que le général Toufik puisse comploter ? Le vrai traître, c’est celui qui l’a dit…», a-t-il lâché.
A propos de ce rôle dans la réunion, Bachir Tartag a indiqué que «Saïd Bouteflika en tant que conseiller du Président m’avait demandé de préparer la villa Dar El Afia, qui n’a jamais été une résidence secrète. Nos agents sont postés là-bas 24H/24 pour assurer la sécurité. Le conseiller devait rencontrer des gens, il fallait donc préparer les lieux. Saïd Bouteflika peut voir qui il veut. La garde a préparé la maison pour y recevoir Louisa Hanoune et le général Toufik, où est le problème ?» Pour sa part, le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène a soutenu n’avoir «jamais parlé de l’état d’urgence ni du limogeage du chef d’état-major de l’ANP» lors de cette réunion qui avait pour but «d’échanger des avis», ajoutant que Saïd Bouteflika, qui «était le frère et le conseiller du Président encore en poste, a voulu prendre l’avis d’autres personnes afin d’agir. C’est naturel. Dans de telles situations, on discute avec beaucoup de gens pour trouver la solution.».
Sur les résultats auxquels a abouti ladite réunion, Toufik a indiqué qu’il avait dit que «le gouvernement doit changer et qu’il fallait trouver un nouveau Premier ministre doté de larges prérogatives, qu’il soit crédible et accepté par le peuple…» C’est à cet instant que le juge demande à Toufik s’il était le porteur de l’idée de faire appel à l’ancien Président Liamine Zeroual. «C’était mon idée. On a aussi parlé d’autres personnalités, mais c’est le nom de Liamine Zeroual qui a fait consensus, a affirmé Toufik qui a éludé la question de savoir si Zeroual avait accepté ou refusé «l’offre».
«C’est secondaire. Ce n’est pas l’endroit pour dire s’il a refusé ou accepté. Pour moi, il n’avait pas refusé, mais il a fini par le faire (..). L’essentiel, c’est qu’il était la personnalité principale qui a été proposée», a-t-il expliqué. De son côté, Saïd Bouteflika a déclaré que son frère Abdelaziz «se trouve en résidence surveillée». Rejetant les accusations pour lesquelles il a été poursuivi, l’ancien conseiller du Président soutient : «Mon frère n’a jamais parlé (…) Je me retrouve avec une lourde accusation de complot, d’avoir usurpé les fonctions de mon frère, utilisé son cachet et pris des décisions à sa place. Abdelaziz Bouteflika est toujours vivant.»
Le ministère de la Défense nationale a rendu public, en fin de la journée de samedi, un communiqué dans lequel il précise notamment que Tartag «sera maintenu à la prison militaire à Blida, faisant l’objet de poursuites judiciaires devant la justice militaire». Le ministère de la Défense nationale ajoute que Saïd Bouteflika «sera transféré dans une prison civile étant donné qu’il est poursuivi dans d’autres affaires devant le Pôle pénal économique et financier relevant de la Cour d’Alger», précisant que «Mohamed Mediene et Louisa Hanoune, qui étaient en liberté, ont été relaxés».