Les annonces sur l’imminence d’un vaccin contre le nouveau coronavirus ont provoqué une accélération de négociations entre Etats et grands laboratoires de recherche pour l’acquisition de l’anti-Covid-19. Comment cela se passe-t-il en général, et pour l’Algérie en particulier ? Plusieurs facteurs entrent en considération, selon Dr Mohammed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, qui cite, entre autres, les relations entre Etats et la priorité pour les pays qui ont financé les laboratoires de recherches. L’Algérie suivra toutes les pistes pouvant mener à l’acquisition d’un vaccin en ces temps où la demande mondiale est déjà très importante, et prospectera auprès de tous les fournisseurs potentiels.

«Cette situation de pandémie est extraordinaire, dans le sens où quand le vaccin apparaitra et son efficacité prouvée, tous les pays seront demandeurs. Aujourd’hui, il y a de nombreux laboratoires comme Pfizer, Astra Zeneca, Sanofi, Moderna, GSK qui sont financés par des fonds privés et qui ont l’obligation d’un retour sur investissement, ainsi que des pays comme la Russie et la Chine qui ont fait de la recherche publique. Il est évident que lorsque le vaccin sera prêt, il n’y en aura probablement pas pour tout le monde, c’est ce qui explique qu’il y ait déjà des commandes», a-t-il déclaré, donnant l’exemple du laboratoire français «Sanofi qui a reçu des fonds du gouvernement américain et qui a promis que les Etats-Unis seront servis en premier. Ce qui a fait que le gouvernement français s’est élevé qu’un de ses laboratoires fournisse un autre pays d’abord. Pour le moment ce sont des intentions. Mais il faut savoir qu’il y a un côté financier et un côté politique.»

De l’importance des relations entre Etats, mais pas seulement
Dr Bekani explique que pour la Chine, par exemple, «les relations d’Etat à Etat seront prépondérantes et c’est certain qu’elle servira les pays avec lesquels elle a des relations politiques et surtout économiques très étroites en particulier, comme l’Algérie». C’est le même cas de figure avec «la Russie qui entretient de bonnes relations politiques, économiques et stratégique avec l’Algérie». Avec les laboratoires, «Pfizer a dit que le marché algérien l’intéressait et qu’il le mettait au courant, mais la fourniture d’un vaccin sera probablement différée car c’est un laboratoire américain qui sera obligé de servir son pays d’abord». Ce qui est rassurant, selon notre interlocuteur, c’est que «l’Algérie, par rapport à de nombreux autres pays émergents, a les moyens financiers d’acquérir le vaccin quand il sera commercialisé, le président de la République ayant assuré que le pays est financièrement prêt pour l’acquisition de l’anti-Covid afin de préserver la santé publique».
Mais le problème qui se pose, c’est aussi «le délai de la disponibilité du vaccin», puisqu’il ne sera prêt, dans le meilleur des cas, qu’«en octobre en Russie qui commencera d’abord par la vaccination de sa population». «Nous ne savons pas quand le vaccin sera disponible, de même qu’il faut un certain nombre de contrôles qui démontrent que, primo, il y a innocuité, donc pas dangereux sur l’homme, et, secundo, qu’il est efficace». Ce qui explique que le laboratoire «Sanofi et ses partenaires ne prévoient que pour le début de 2021 pour la commercialisation du vaccin car ils sont tenus par des règlements européens, de même que les Américains avec un autre organisme qui sont, en fait très circonspects et qui attendent que les résultats des travaux soient fiables. C’est pour cela que ça prend du temps, car il ne faut pas qu’un mois après la vaccination on découvre des effets dus au vaccin comme d’autres maladies, etc.»

Délais exacts de commercialisation toujours inconnus
Dr Berkani estime que «raisonnablement, ce ne sera pas demain la veille pour la disponibilité d’un vaccin» et attire l’attention sur «la venue de l’hiver qui est synonyme de grippe saisonnière auquel va s’ajouter le coronavirus s’il n’y a pas de solution d’ici là».
Pour la commercialisation des vaccins, Dr Berkani estime qu’outre les considérations politiques et économiques, il y a aussi les considérations «sociales», le monde étant divisé entre anglo-saxons, européens, asiatiques, etc. Il y a «des pays qui sont apparentés, comme la France, par exemple, qui commencera par les pays européens latins comme l’Espagne et l’Italie, la Russie qui commencera par ses Etats indépendants, la Chine par le Vietnam… Il y a aussi ce genre d’affinités qui va peser», souligne Dr Berkani.
Pour lui, une chose est sure, c’est que «l’Algérie suivra toutes les pistes pouvant mener à l’acquisition du vaccin, que ce soit avec les pays avec lesquels elle entretient de bonnes relations, notamment de longue date, ou avec les laboratoires privés puisqu’elle est prête à honorer sans délai ses achats des doses de vaccins».
Le président de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique de l’évolution de la pandémie ajoute que «l’Algérie peut aussi s’approvisionner auprès de plusieurs fournisseurs, qu’ils soient Etats ou laboratoires, sachant que la demande mondiale et très importante et qu’il se peut qu’un seul fournisseur ne puisse pas satisfaire toute la demande algérienne».
Pour lui, c’est «important de nouer des contacts avec plusieurs fournisseurs, tous les fournisseurs possibles, car il faut se dire qu’on achètera en fonction de la disponibilité des quantités en vente chez chacun d’eux». Il expliquera ensuite que l’Institut Pasteur d’Algérie s’occupera du côté technique, à savoir passer les commandes, effectuer les essais après acquisition, etc.

Vacciner graduellement
Quant aux doses de vaccins devant être achetées par l’Algérie, Dr Berkani estime qu’il faut prendre en considération que «dans un premier temps, il nous faut essayer de vacciner tous les adultes de plus de 30 ans. Bien sûr qu’il faut un plan pour cela, sachant déjà que lorsqu’on vaccine la moitié de la population, il y aura une immunité collective qui se fait, le vaccin ne circulera pas autant et ou ne circulera pas du tout. On va donc vacciner de façon graduelle en commençant par la population stratégique, à savoir les personnes à risque, le corps médical et autres et on obtiendra une immunité collective de fait. Le reste ce sera en fonction de la disponibilité du vaccin puisqu’il y aura déjà une immunité collective».

Instruction du Président Tebboune pour accélérer les contacts
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a donné, hier, des instructions au Premier ministre pour accélérer les contacts nécessaires avec les pays où les recherches scientifiques ont avancé pour la production du vaccin anti Covid-19, et ce, en vue de l’acquérir dès sa commercialisation, a indiqué un communiqué de la présidence de la République.
Suite à cette instruction présidentielle, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad a tenu, hier après-midi, une réunion avec les responsables concernés dont le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid.
A l’issue de la réunion ministérielle, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad a affirmé que l’Algérie « sera parmi les premiers pays à acquérir le vaccin anti Covid-19 », soulignant que « tous ceux qui en ont besoin seront vaccinés ».
Il a également exprimé le souhait de voir « le défi inhérent au vaccin aboutir à des résultats positifs ». <