L’Algérie poursuit ses consultations dans la perspective d’acquérir un vaccin contre le coronavirus dès que celui-ci sera disponible sur le marché et homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour l’heure, aucun laboratoire n’a encore été choisi et toutes les pistes restent susceptibles d’être explorées, même si certains d’entre eux ont affirmé avoir atteint des taux d’efficacité intéressants. Le dernier en date est le laboratoire britannique AstraZeneca (associé à l’université d’Oxford) qui a annoncé, hier, «une moyenne de 70% d’efficacité, voire de 90% dans certains cas», soit légèrement moins que les laboratoires américains Moderna (94,5% d’efficacité) et Pfizer-BioNTech (95%).

A propos du vaccin de ce dernier laboratoire, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a fait état de certains écueils, notamment celui de sa conservation qui nécessite une température de – 70°C, ce qui n’est pas une mince affaire. De plus, les containers dans lequel le vaccin doit être acheminé doivent contenir «une glace spéciale fabriquée à – 70,9°C et ne peuvent être ouverts que deux fois», selon le ministre de la Santé. Il faudra également étudier, entre autres, «le coût du vaccin et les injections spéciales» devant être utilisées. Le Pr Benbouzid n’a pas pour autant écarté ce laboratoire et a indiqué que les discussions se poursuivront avec tous les fabricants, soulignant que «lorsque l’OMS annoncera le vaccin adéquat, nous ferons le nécessaire».
Pour le moment, «nous sommes partant sur toutes les pistes et ne délaissons aucune. Nous attendons d’avoir plus de visibilité», a déclaré le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, notant que le ministre a reçu et continue de recevoir les ambassadeurs des pays fabricants ainsi que les responsables des firmes installées en Algérie, à savoir Pfizer, Sanofi, AstraZeneca, afin de s’enquérir de l’état d’avancement de leurs recherches dans la fabrication du vaccin. «L’Algérie montre ainsi qu’elle est intéressée et fait donc part de son intention d’acquérir éventuellement le vaccin auprès de ces laboratoires. C’est une sorte de précommande. Mais pour le moment, aucune décision n’est encore prise», a ajouté Dr Bekkat Berkani dans une déclaration à Reporters.
Notre interlocuteur a tenu à préciser que «l’Algérie n’achètera qu’un vaccin qui soit homologué par l’OMS et dans le cadre de l’initiative Covax» qui regroupe 170 pays et dont l’objectif premier est permettre un accès juste et équitable du vaccin aux populations des pays pauvres.
A la question de savoir si l’Algérie pourrait acquérir le vaccin de Pfizer-BioNtech, dont les conditions de conservation semblent difficiles à satisfaire, notre interlocuteur préfère aller étape par étape. «D’abord, jusqu’à présent, aucun vaccin n’est encore mis sur le marché. Pour le moment, que ce soit Pfizer-BioNtech, Moderna ou même AstraZenaca, aucun n’a annoncé la fin de ses recherches. Leurs annonces sont médiatico-commerciales. Elles sont normales et entrent dans le cadre de leur placement sur le marché», a affirmé Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, tout en confirmant la difficulté du stockage du vaccin américain à – 70°C, outre les coûts supplémentaires que cela engendrera automatiquement. Pour lui, nul doute que le vaccin reviendra très cher et ce sont les pays développés comme les Etats-Unis, l’Allemagne et autres pays européens qui pourront l’acquérir pour, notamment, redémarrer leurs économies qui sont au plus bas et nombreux sont ceux qui ont déjà mobilisé des financements pour sécuriser l’accès au vaccin. En Allemagne, a-t-il ajouté, les containers à -70°C sont déjà en train d’être fabriqués.
En revanche, d’autres laboratoires, comme AstraZeneca et Sanofi, ont annoncé que leurs vaccins pourraient être conservés seulement en réfrigération, ce qui fera économiser des dépenses importantes aux pays qui n’ont pas les moyens de se payer les containers à -70°C.
Quoiqu’il en soit, «l’Algérie attendra que l’OMS donne son homologation pour le ou les vaccins ainsi que le rapport qualité/prix de chacun et fera ensuite son choix pour tel ou tel laboratoire, sans oublier que nous sommes dans l’initiative Covax et que c’est dans ce cadre que nous procéderons à l’acquisition», a rappelé Dr Bekkat Berkani.
Sur un autre chapitre, il a souligné qu’une fois le vaccin acheté, l’Algérie procédera à la vérification de sa conformité par le biais de l’Institut Pasteur. «Ce ne sera pas une manipulation en laboratoire comme certains l’ont compris lorsque le directeur général de l’IPA a déclaré ‘’nous n’avons pas les moyens de vérifier la conformité’’, mais ce sera en étudiant le dossier du vaccin», a indiqué notre interlocuteur pour lever tout amalgame. Il fera également savoir que la procédure pour avant la mise sur le marché du vaccin consiste en la vérification de sa conformité «sur dossier» par un laboratoire indépendant (et non le laboratoire fabricant). Lorsqu’il arrive ensuite en Algérie, «l’IPA vérifie à son tour la conformité sur dossier en vertu de la loi algérienne», a-t-il encore précisé.
Mais en attendant un hypothétique vaccin, le membre du Comité scientifique n’omet pas de revenir sur l’impératif respect des gestes barrières. «Il faut mettre le point sur la prévention pour la diminution des cas de Covid-19 dans le pays en attendant un vaccin qui se révélera disponible et efficace, et ce, après que l’OMS eut donné son feu vert», a-t-il insisté, notant que «l’OMS est une institution des Nations Unis qui englobe tous les pays et n’a aucun intérêt dans la vente de tel ou tel vaccin, son seul intérêt étant que la pandémie s’arrête». n