Même s’il n’a pas révélé les noms des laboratoires avec lesquels l’Algérie mène des consultations indépendantes pour l’acquisition du vaccin anti-Covid-19, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a toutefois livré des pistes qui permettent d’avoir une idée sur le choix de l’Algérie, en fonction des critères de sélection qui, selon toute vraisemblance, mettraient les vaccins russe et chinois en pole position.

Le ministre a affirmé qu’indépendamment de l’initiative Covax, l’Algérie est en contact permanent avec six laboratoires internationaux qui sont très avancés dans la phase 3 de leurs essais cliniques. Il a cité, dans ce cadre, la Chine et la Russie ainsi que d’autres laboratoires dont il a dit préférer ne pas divulguer les noms.
Actuellement, les vaccins les plus avancés sont ceux des laboratoires Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et ceux de la Russie et de la Chine, ce dernier pays ayant cinq candidats vaccins en phase 3.
Parmi les critères de sélection que l’Algérie a retenus pour fixer son choix pour l’acquisition du ou des vaccins, le Pr Benbouzid a indiqué qu’il faut que ce soit un vaccin «sûr, homologué, dont les essais cliniques sont concluants et dont le prix est raisonnable». Il a, également, indiqué qu’il faut que ce soit un vaccin «classique, comme ceux que nous connaissons», allusion aux nouveaux vaccins à l’ARNmessager qui sont, pour la première fois, utilisés sur des humains et à propos desquels les scientifiques du monde entier ne peuvent se prononcer actuellement, leurs effets, à terme, étant méconnus. «Nous préférons attendre pour voir quelle sera l’effet de ce type de vaccins, s’il n’y a pas de problèmes, etc. pour être le plus sûr possible afin de préserver la santé publique».
Sur la base de ces critères de sélection, l’Algérie a effectué un classement, selon le ministre, qui a affirmé que «le nouveau vaccin est classé en dernier». Ce qui se traduit par un classement en dernier des anti-Covid-19 de Pfizer-BioNTech et Moderna, étant tous deux des vaccins à l’ARNmessager.
En outre, les deux vaccins nécessitent des températures très basses pour leur transport et stockage (-70°C pour le vaccin Pfizer-BioNTech, -20°C pour celui de Moderna). A ce propos, le ministre de la Santé avait déjà évoqué, dès l’annonce de la mise au point du vaccin de l’alliance américano-allemande, que celui-ci présentait des «contraintes vu ses conditions de conservation».
Parmi les choix qui s’offrent à l’Algérie actuellement, les antidotes au coronavirus russes et chinois ainsi que celui d’AstraZenaca peuvent être bien classés, étant donné d’abord que ce sont des vaccins «classiques» et non à ARNmessager. Des observateurs estiment que les deux pays que sont la Russie et la Chine qui ont développé les anti-Covid-19 entretiennent des «relations solides avec l’Algérie depuis des décennies, ce qui les mettraient en tête de liste». En outre, «si l’on considère que leurs produits répondent aux critères de sélection de l’Algérie, il serait fort probable que le pays s’approvisionne auprès d’eux», estime-t-on encore, rappelant au passage l’importance des relations géopolitiques, notamment «le soutien de la Russie au droit au référendum pour l’autodétermination du Sahara Occidental».
Il reste encore le laboratoire d’AstraZeneca qui a développé un vaccin «classique» et qui peut avoir une bonne place dans le classement algérien. Cela d’autant qu’il est présent en Algérie et que ses responsables ont déjà été reçus par le ministre de la Santé dans le cadre des consultations qu’il mène avec d’autres laboratoires présents dans le pays, dont le français Sanofi qui a repoussé la production de son vaccin en raison des essais cliniques qui ne peuvent être achevés que vers la fin de l’année prochaine.
Le vaccin contre le nouveau coronavirus développé par AstraZeneca et l’université britannique d’Oxford a été le premier dont les résultats d’efficacité ont été validés par une revue scientifique le 8 décembre dernier.
Les antidotes russe et chinois n’ont, pour leur part, pas encore publié leurs résultats.
Ainsi, de nombreuses pistes restent exploitables pour l’Algérie qui a pu garantir, dans le cadre de l’initiative Covax, 20% de ses besoins.
Il convient de noter que l’Algérie n’a encore conclu «aucun accord avec aucun pays ou laboratoire engagés dans la production de l’anti-Covid+19», a réitéré le ministre de la Santé, hier. Il a précisé, en revanche, que des «manifestations d’intérêt sans engagement ont été formulées aux concernés pour que l’Algérie puisse accéder aux vaccins dès leur obtention de l’autorisation de mise sur le marché», et rassurant encore une fois quant à la détermination des autorités du pays à acquérir le vaccin le plus adéquat quel que soit son prix. <