L’impatience grandit de jour en jour quant à l’arrivée du vaccin anti-Covid-19 et au lancement de la campagne vaccinale prévue durant ce mois. L’insuffisance des anti-coronavirus sur le marché mondial devenue indiscutable, une plus grande inquiétude s’est installée depuis que les laboratoires fabricants ont annoncé clairement, il y a quelques jours, des retards de livraisons pour de nombreux pays.

Pour l’Algérie, la commande des 500 000 doses du vaccin russe Spoutnik V tarde à venir et les événements semblent prendre une nouvelle tournure.
Selon des sources concordantes, une réunion s’est tenue, ces derniers jours, avec le Premier ministre qui a alors, affirme-t-on, décidé « de prendre en charge le dossier de l’acquisition» de l’anti-Covid-19. D’autres acteurs sont également entrés en scène et on parle d’une « plus grande implication du ministère des Affaires étrangères » aux côtés du ministère de la Santé, du ministère délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique et de l’Institut Pasteur d’Algérie. En clair, «les relations diplomatiques auront à jouer un rôle plus poussé» dans ce dossier, «comme l’ont déjà fait d’autres pays pour sécuriser leurs approvisionnements» en vaccins, nous a-t-on confié.
D’ailleurs, le Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, a laissé entendre, lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale la semaine dernière, qu’il y aura un effort politique et diplomatique à faire à l’international. Après avoir fait remarquer qu’en dehors des pays qui ont élaboré un vaccin, il n’y en a pas beaucoup qui ont commencé à vacciner en raison de la tension sur la demande à l’échelle mondiale. Il avait également indiqué que «les pays sont en train de faire travailler leurs diplomaties et leurs relations pour acquérir le vaccin…». Le département de Sabri Boukadoum serait donc davantage sollicité.
Pour l’heure, aucune date n’a été officiellement communiquée, hier, pour la réception du vaccin même si on parle de «l’imminence» de son arrivée au «cours de ce mois de janvier», dont il reste moins d’une semaine. Pourtant, l’imminence de la réception du vaccin, remise en cause aujourd’hui, semblait réelle au vu de la déclaration du ministre de la Santé qui a fait savoir, au début de la semaine dernière, que «notre avion est à Moscou» et attend donc son tour.
«Il est vrai que d’autres pays ont été livrés, mais il ne faut pas oublier que certains d’entre eux ont participé aux essais cliniques et que d’autres ont passé commande avant l’Algérie. Les livraisons se font certainement en fonction de la date des commandes et il est clair que si on ne reçoit pas dans un délai très court les doses de vaccin, cela va avoir une répercussion sur le début de la vaccination», indique notre source. «Ce retard dans l’acheminement du vaccin vers l’Algérie va indéniablement se répercuter sur le lancement de la campagne vaccinale. Mais il faut aussi dire que l’Algérie a effectué toutes les procédures en un temps record, comme elle a aussi procédé au paiement», ajoute-t-elle.

Calendrier de vaccination incertain
Notre source ne cache, cependant, pas que «le retard d’aujourd’hui est la conséquence de la démarche prudentielle qui avait un peu trop duré – alors que les choses évoluaient rapidement au niveau mondial – et qui a fait que nous soyons un peu en retard pour nous faire livrer». «Il est vrai aussi qu’on comptait sur le système Covax» auquel l’Algérie a adhéré depuis août dernier, mais celui-ci se trouve actuellement dans une situation un peu délicate, les vaccins n’étant pas produits en quantités suffisantes, surtout pour qu’il puisse assurer un vaccin «notamment aux pays pauvres à faible revenu par lesquels il pense commencer. Or l’Algérie n’est pas un pays à faible revenu, mais à revenu intermédiaire». Ceci amène à conclure que «le système Covax ne va pas contribuer à nous livrer en premier» les 8 millions de doses attendues. Par ailleurs, on ignore toujours si la réception de doses du vaccin chinois Sinopharm, annoncée pour la fin de janvier, est maintenue. La situation au niveau mondial n’est pas plus reluisante et la tension augmente au fil des jours sur la demande des anti-coronavirus.

L’anti-Covid fait courir le monde
«Même dans le monde, il est clair que les deux plus grands laboratoires producteurs Pfizer-BioNTech et Moderna (qui livrent principalement les pays européens et les Etats-Unis) ne pouvaient pas, à eux seuls, assurer les milliards de doses de vaccins pour des pays qui ont déjà payé. A ces deux producteurs est venu s’ajouter tout récemment AstraZeneca. Et même avec ça, il n’est pas possible que les vaccins puissent être sécurisés pour tous, dans les délais sur lesquels se sont entendus producteurs et acheteurs», fait remarquer un autre médecin. Il relève, toutefois, que malgré les retards de livraisons des laboratoires, en raison de la forte demande, plusieurs pays ont déjà commencé la vaccination. Dans la foulée, il cite le voisin marocain qui va bientôt commencer la vaccination après avoir reçu, vendredi dernier, de la part d’un sous-traitant en Inde, 2 millions de doses du vaccin AstraZeneka-Oxford. Selon le site RFI, «dans les prochains jours, AstraZeneca devrait lui livrer 8 autres millions de doses tandis que Sinopharm pourrait faire un premier envoi de 500 000 doses». Ce sont les premières livraisons en attendant des millions d’autres…
Les pays européens n’ont pas échappé aux retards de livraisons et ont du mal à rassurer leurs populations, étant donné que les vaccins ont été conçus rapidement et que les producteurs n’arrivent finalement pas à en produire en quantités suffisantes. Avant-hier, samedi, l’Italie, par la voix de son chef de gouvernement, n’a pas écarté l’éventualité d’ester en justice les laboratoires qui n’ont pas respecté les délais, et en France, on met en cause la destruction de la production locale en pointant le retard pris par Sanofi en comparaison avec les autres grands laboratoires mondiaux à produire un vaccin. Bref, l’Union européenne vient justement de réagir en demandant aux laboratoires des explications et plus de transparence. A tout ceci est venu se greffer l’appariant du variant anglais qui brouille les prévisions, bien qu’on affirme qu’il ne résiste pas au vaccin. Ainsi, la course à l’anti-Covid-19 fait courir le monde entier, tandis que le coronavirus continue son bonhomme de chemin…