Le passage, hier, d’Abdelmoumen Ould Kaddour au Conseil de la Nation, où il a animé une conférence sur les défis et les perspectives de l’industrie pétrolière nationale, était aussi une occasion pour crever l’abcès provoqué par le rachat, par Sonatrach, d’une raffinerie en Italie.

Dans les coulisses du Sénat, Ahmed Mazighi, conseiller du Pdg du groupe Sonatrach, s’était employé à démystifier une affaire présentée par certains comme étant une escroquerie sans commune mesure.
L’acquisition de cette raffinerie a fait couler de l’encre pendant quelques jours, ce qui a poussé les responsables de Sonatrach à sortir de leurs gonds, expliquant que ce bien acquis récemment auprès d’Esso Italiana, filiale de l’Américain ExxonMobil, serait idéal pour les objectifs de Sonatrach tant en termes d’internationalisation de ses activités qu’au plan de la satisfaction des besoins en produits pétroliers raffinés. A ce sujet, le conseiller de Abdelmoumen Oul Kaddour a tenté de convaincre que l’acquisition en question devrait à terme parer à d’éventuels déficits en carburants, d’autant plus que les capacités de la raffinerie sont estimées à plus de 10 millions de tonnes par an. « Depuis l’année 2008-2009, le marché local souffre de déficits chroniques en carburants à cause de l’explosion du parc automobile.
Nous avons eu recours à des appels d’offres mensuels et spots pour combler ces déficits. Cette manière de faire s’est révélée coûteuse. Pour mettre fin à cette volatilité des prix qui caractérisait le marché, nous avons eu recours, au départ à un système de processing virtuel avec vitol destiné à se prémunir contre la volatilité des prix, mais le système a vite montré ses limites.
Nous pensions depuis des années à acquérir des actifs de raffinage à l’étranger », a indiqué le conseiller du P-DG de Sonatrach, dans une discussion avec les journalistes en marge de la conférence animée, hier, par Abdelmoumen Ould Kaddour au Conseil de la nation.
A propos de l’acquisition de la raffinerie d’Augusta en Italie, Ahmed Mazighi a tenu à préciser que l’opération remonte au mois d’août de l’année dernière, alors que le transfert de la propriété n’interviendra qu’à la fin de 2018. Il n’a pas omis de préciser au passage que l’opération a fait l’objet d’un appel d’offres international où Sonatrach était en lice au même titre que d’autres compagnies candidates à la reprise. Il a ainsi tenté par son plaidoyer de balayer d’un simple revers de la main que l’acquisition de la raffinerie Augusta par Sonatrach ne répondait pas aux procédures admises en matière de concurrence.
Poursuivant son argumentaire en faveur d’une acquisition qu’il qualifie d’idéale pour le groupe Sonatrach, Ahmed Mazighi vante les capacités de raffinage de ce complexe ainsi que du fait que l’ouvrage est doté de terminaux à carburants à Naples et Palerme pour Sonatrach pourrait en faire usage pour l’exportation du brut raffiné vers l’Algérie. La production permettrait un gain d’autonomie de trois (3) jours pour la consommation nationale en diesel et en essence. Sur le fait que la raffinerie acquise serait obsolète étant donné que sa mise en service remonte à 1953, le conseiller du patron de Sonatrach souligne qu’une raffinerie « n’a pas d’âge », mais « ce sont des process qui s’imbriquent les uns aux autres ». Arguments à l’appui, le même responsable a indiqué que cette raffinerie qui a suscité une polémique sans précédent a fait l’objet d’un audit technique et environnemental. Sa fiabilité technique est estimée à 98,1%, à en croire Ahmed Mazighi qui reprend les termes du dernier audit dont a fait l’objet la raffinerie d’Augusta. Il va jusqu’à rappeler un classement de Solomon la listant parmi les meilleures raffineries. Par dessus tout, les responsables du groupe Sonatrach tiennent à préciser l’acquisition faite par Sonatrach devrait « donner de la valeur ajoutée sur nos produits ». Dit autrement, la raffinerie d’Augusta « permettra de moduler les fluctuations des prix du pétrole ». Pour sa part, le P-DG du Groupe, Abdelmoumene Ould Kadour, a défendu l’idée que Sonatrach fait du business dans l’intérêt du pays.
Quoi qu’il en soit, le plaidoyer auquel s’est adonné, hier, le responsable de Sonatrach s’était révélé complexe, étant donné que des zones d’ombre persistent et auxquels des réponses doivent être données.