L’affaire Eniem, qui défraye la chronique depuis plusieurs mois et qui revient au devant de la scène, est très significative de la situation actuelle du pays. Elle dépasse amplement le cadre d’un conflit entre les travailleurs et les dirigeants de l’entreprise. Cette affaire soulève l’importance accordée (ou plutôt le contraire) au tissu économique public algérien. C’est d’autant plus significatif à signaler que la situation de l’Eniem semble remettre en selle une équation usitée à satiété depuis des lustres, et dont les résultats n’ont quasiment jamais été au rendez-vous. Ainsi, il en est du retour de la formule indiquant que lorsqu’une entreprise publique rencontre la «non rentabilité», le résultat n’est autre qu’une privatisation «inévitable». Certes, aucune décision n’a été encore annoncée dans ce sens, mais le risque existe. Ce qu’il ne faut pas omettre, c’est qu’une éventuelle «chute» de l’Eniem dans les mains du privé sera sans aucun doute le signe annonciateur pour voir d’autres entreprises publiques suivre le même chemin. La crise économique engendrée par la Covid-19 marque le réveil de certaines «puissances», internes et externes, avides de profits dans ces moments de troubles.
L’expérience algérienne vécue, et subie, depuis les années 1990, et surtout depuis le début du 21e siècle, est l’illustration même de ce qu’est un bradage. La privatisation à outrance de nombreuses entreprises publiques n’a quasiment eu aucun apport positif pour la «communauté». Les rares réussites signalées concernaient quelques «noms», dont la plupart se retrouve actuellement emprisonnée. Le Hirak est passé par là. L’Etat a été le grand perdant, et bien-sûr les travailleurs, dont beaucoup sont passés par la case chômage, ou à exercer leur métier dans des conditions de «non-droit».
La solution de facilité qu’est cette privatisation en gestation est inadéquate, alors que sous d’autres cieux la tendance est à la protection, en urgence, du secteur public. C’est l’une des plus grandes leçons de la crise économique dans laquelle sont engluées quasiment toutes les régions du monde. D’ailleurs certains pays, considérés pourtant comme de farouches défenseurs du libéralisme, sont en train d’entreprendre de grandes démarches pour protéger leur secteur public. Quand l’intérêt général prédomine, la solution n’est toujours pas loin.
(*)Achtung : Attention en langue allemande