L’OAIC anticipe une perturbation plus importante du marché mondial des céréales et des produits agricoles, fortement impacté par la guerre en Ukraine, et cherche à sécuriser la demande nationale en céréales.

Par Bouzid Chalabi
Comme annoncé dans notre édition du mercredi 27 avril, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) s’attèle, depuis le début de cette année, à maximiser ses achats en blé meunier. Ce qui vient de se confirmer sur le terrain suite à un avis d’appel d’offres, lancé par l’OAIC au mois de mars dernier et clôturé ce mardi 26 avril, qui s’est conclu par un contrat d’achat de près 250 000 tonnes de blé dur d’origine mexicaine au prix de 570 dollars la tonne (coût du fret compris), livrables en trois phases, soit entre le 16 et le 31 mai, entre le 1er et le 15 juin et entre le 16 et le 30 juillet.
C’est ce que rapportent des négociants européens en céréales. Ces derniers révèlent également que l’Office algérien a également conclu un autre contrat d’achat de 600 000 tonnes de blé tendre de la même origine, cité plus haut, avec les mêmes conditions de livraison requises du blé dur. Les négociants précisent en ce qui concerne le contrat d’achat de blé tendre, qu’un premier volume de 120 000 tonnes sur les 250 000 tonnes a été acheté par la partie algérienne au prix de 448 dollars la tonne, une baisse de prix par rapport au reste du volume d’achat conclu de blé tendre.
Les médias ont indiqué que lors des évaluations préliminaires, les commerçants ont signalé un premier volume d’environ 120 000 tonnes achetées à 448 dollars la tonne. C’est pour dire que le pays, à travers son office, a opté pour un rythme élevé d’approvisionnement par souci de prudence compte tenu de l’instabilité du marché céréalier provoquée en grande partie par le conflit armé qui oppose l’Ukraine et la Russie. Lequel état de guerre menace l’approvisionnement mondial.
Un scénario des plus plausibles dès lors où ces deux pays sont de grands producteurs et exportateurs de céréales primaires, soit près de 40%, à eux deux, du marché mondial. A propos de l’origine mexicaine des blés dur et tendre, achetés par l’Algérie, il va de soit que ce changement de provenance tire sa raison du fait que les ports ukrainiens sont pratiquement à l’arrêt, d’où l’acheminement des cargaisons de céréales à leurs destinataires est rendu difficile avec un risque de retard de livraison sérieux.
Notons, par ailleurs, que si le pays a opté pour une accélération de ses approvisionnements en blé meunier, c’est surtout pour éviter des cours mondiaux qui pourraient s’envoler davantage dans les mois qui viennent. Une éventualité qui tient la route. C’est du moins ce que prévoit le professeur en agro-économie Omar Bessaoud. Ce dernier a, en effet, soutenu, dans une étude qu’il a menée et présentée lors d’un séminaire sur la sécurité alimentaire du pays, qui s’est déroulé en mars dernier, «que des indices le démontrent». Le professeur estime qu’avec les incertitudes qui pèsent sur la géopolitique mondiale, «il faudra s’attendre sur le court et moyen termes à des tensions plus fortes sur les marchés mondiaux». Comme il reste convaincu que le pays paiera, à l’avenir, plus cher ses importations de céréales et d’autres matières premières agricoles. Ainsi, à travers cette donne, l’Algérie veut se mettre à l’abri, du moins dans l’immédiat, dans ces besoins de consommation en produits dérivés des céréales, en procédant par une croissance nette de ses volumes d’importation de céréale primaire.
En somme, il faut s’attendre à ce que l’OAIC lance dans les prochaines semaines d’autres avis d’appel d’offres très consistants en volumes dans le but de faire le plein d’approvisionnement avant le mois de juillet, date à laquelle débute une nouvelle année du marché mondial. n