Le procès de l’ancien député, et ex-vice-président de l’APN, Baha Eddine Tliba, en détention provisoire depuis octobre 2019, a été riche en révélations sur l’étendue de l’argent sale dans le fonctionnement du parti du FLN avec la complicité de certains dirigeants et hauts responsables de l’ère Bouteflika, donnant naissance à des assemblées complètement délabrées.

Hier, au Parquet de Sidi M’hamed, qui a requis une peine de 10 ans contre l’ancien député d’Annaba, accusé notamment de «blanchiment d’argent et financement occulte de partis politiques» et «achat de voix lors des élections législatives de 2017», le procès a livré les preuves irréfutables du marchandage des listes de l’ancien parti unique lors des dernières élections législatives. Un secret de Polichinelle. La confection des listes du FLN, notamment quand il s’agit d’élections législatives qui donnent accès à d’énormes privilèges matériels aux «heureux élus», accompagnés de l’immunité parlementaire, source de tous les abus, n’a jamais été un moment politique pour les organes et structures du parti.
Mais, depuis hier – merci Tliba ! – l’on sait un peu plus sur le marché des listes que présentait le parti lors des élections législatives de 2017 lors desquelles l’ancien parti unique a gagné 160 sièges sur 462 que compte l’APN. Cette même Assemblée qui va voter, en septembre 2019, lors d’une séance à huis clos, la levée de l’immunité parlementaire de Baha Eddine Tliba, suite à une demande du ministre de la Justice, garde des Sceaux.
«Djamel Ould Abbès (secrétaire général du FLN) m’a remis un plan de financement de la campagne électorale et le prix d’une tête de liste était fixé à 6 milliards centimes», a avoué l’inénarrable Tliba, qui était second sur la liste du FLN dans la circonscription d’Annaba, derrière l’ancien ministre Boudjemaâ Talai.
L’on doit ainsi retenir, au vu de l’aveu de Tliba, que les députés qui ont conduit les listes du FLN ont dû payer la bagatelle de 6 milliards de centimes chacun pour se faire élire dans une assemblée nationale censée débattre et adopter les lois de la République.
«J’avais enregistré mes discussions avec Ould Abbès», a ajouté Tliba au juge qui l’interrogeait sur l’achat des voix lors de cette échéance électorale qui a donné naissance à une assemblée décriée de toute part. Et si Tliba n’a pas livré le «tarif» des autres places sur les listes du FLN, il n’a pas moins enfoncé Bachir Tartag, ancien chef des services des renseignements. «J’avais enregistré mes discussions avec Ould Abbès. Et quand je m’étais rendu compte de cette corruption, j’ai été voir Bachir Tartag et lui ai donné tous les détails pour saisir la justice», a déclaré Tliba au juge, dans ce qui atteste, on ne peut mieux, que les listes sont proposées et validées loin, très loin, des structures du parti. Ce qui donne du crédit, plus que jamais, aux partisans de la dissolution de l’APN, alors que celle-ci est appelée, dans les jours à venir, à débattre et approuver le projet de la révision constitutionnelle, pierre angulaire des réformes promises par le premier magistrat du pays.
Personnage très controversé, il ne laisse personne indifférent. Né à Annaba il y a 42 ans, Baha Eddine Tliba est originaire d’Oued Souf. Elu député lors des législatives de 2012 sous les couleurs du Front national démocratique (FND), Tliba avait rejoint le FLN durant la même législature. En 2015, il a été élu vice-président de l’Assemblée populaire nationale (APN) et membre du Comité central du FLN. La levée de son immunité parlementaire marque l’entame de sa déchéance suivie de l’épisode de sa fuite qui avait ouvert la voie à toutes les supputations.

Ould Abbes père et junior !
Impliqués dans la même affaire, Skander Ould Abbès, fils de l’ancien secrétaire général du FLN, a fait part de la somme de 300 milliards de centimes amassée par son père avec la complicité de Baha Eddine Tliba. Dans ses réponses au juge, Skander a enfoncé aussi bien l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, que le frère conseiller de l’ancien président, Saïd Bouteflika, tous les deux en détention. «Je n’ai rien à voir dans cette affaire. C’est Abdelmalek Sellal qui préparait les listes électorales et Saïd Bouteflika qui appelait mon père pour lui donner des ordres», confesse Ould Abbès junior, qui pointe également l’implication de Noureddine Bedoui et Tayeb Louh dans la confection des listes FLN. Mais quand le juge lui demande comment s’est-il retrouvé, lui et son frère El Wafi (en fuite) à gérer l’argent sale de la campagne électorale du FLN, alors qu’il n’avait aucun titre au sein du FLN, Skander Ould Abbès est à court de réponse.
A l’issue des plaidoiries, le juge a requis une peine égale à celle de Tliba contre Skander Ould Abbès, à savoir dix ans de prison ferme et 8 millions de dinars d’amende. Aussi, une peine maximale est également requise contre El Wafi Ould Abbès, en fuite et poursuivi dans la même affaire relative au «blanchiment d’argent» lors des législatives de 2017.
Sept années de prison ferme et deux millions d’amende sont requis contre Khelladi Bouchenak, coordinateur national chargé des listes électorales du FLN, et trois ans de prison ferme et 1 million d’amende contre Habchi Mohamed, agent immobilier proche des Ould Abbès. Le Procureur a également requis la saisie de tous les biens des accusés, acquis en dehors des activités non conformes à la loi. n

Le procès des frères Kouninef reporté au 9 septembre
Le procès des trois frères Kouninef, poursuivis pour des affaires de corruption, a été reporté hier par le Tribunal de Sidi M’hamed au 9 septembre.
Ce report intervient suite à la demande de la défense des prévenus, placés le 24 avril 2019 sous mandat de dépôt, après leur comparution en première instance devant le Procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed.
Les frères Kouninef sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation, notamment «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages», «détournement de fonciers et de concessions», et «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics». La demande du report du procès a été justifiée par les avocats de la défense par «l’impossibilité» pour eux d’accéder à «des dossiers et autres documents nécessaires au bon déroulement du jugement», selon la requête du collectif de défense. Une requête à laquelle le juge a donné suite avec l’instruction à l’effet de permettre à la défense d’accéder aux documents demandés.